l’aventure

13 mai 2009

J’ai 9 ou 10 ans. Nous sommes en camping avec une famille amie de la mienne. Qui dit camping, dit toilettes publiques à 3 km de la tente. Avec un peu de chance, les douches sont dans la même bâtisse.

J’ai mal au ventre, je jure que je vais mourir. Les crampes, les sueurs froides, les crampes.
J’ai envie. Vous savez, enviiiiie… Aller au p’tit coin, faire un numéro 2, trôner, se vider, le neu’ pousse le vieux?

J’ai envie de caca!

Ni une, ni deux (oui, deux), j’y vais. À force de trop d’étiquette et de retiens-ton-pet, je suis gonflée, gonflée à bloc, prête à répondre à toute attaque par la bouche de mes canons. Boum! Explosion.

Veinarde que je suis, les douches sont dans la même bâtisse. On ne fait pas dans la dentelle, dans la famille! (on fait dans les toilettes)

Boum! À couvert!

La fille qui prend sa douche à ce moment éclate de rire lorsque j’éclate d’un orgueil trop longtemps retenu.

Depuis, je ne fais plus de numéro 2 dans une toilette publique. Plus jamais. J’ai même déjà quitté l’école en pleine journée pour cause de vous-savez-quoi.

(Introduction un peu longue, mais j’en viens au sujet vif.)

Dernièrement, Sonpére m’a donné un livre, La frousse autour du monde, qui est un recueil des chroniques de Bruno Blanchet, publiées en 2004-2005 dans La Presse. Un livre fantastique, le premier à me convaincre que voyager pourrait m’intéresser. Vraiment. Voyager, je le ferais de la même façon qu’il le fait. Ses chroniques sont disponibles ici, mais je vous suggère d’acheter le bouquin et de l’offrir à quelqu’un que vous aimez.

Mieux, achetez-le et laissez-le sur une table, sur un banc, sur le comptoir d’une toilette publique…

Ce livre, donc,  se termine avec la décision de Bruno de poursuivre ses voyages. En réponse à ceux qui lui disent qu’il est chanceux de pouvoir partir ainsi à l’aventure, il dit ceci :

Ça m’a pris presque un an pour réaliser qu’elle est nulle part, l’aventure. L’aventure ne se trouve pas dans un livre, un guide ou une expédition prévue pour ça. L’aventure est une porte qui s’ouvre par en-dedans. Le reste dépend de vous. Ça peut se passer à Bombay, à Brossard ou dans la prison de Tanguay. L’aventure débute avec la fin de la peur: de la peur de rire quand on doit se taire; de la peur de fuir quand on doit plaire; de la peur d’être nu, ridicule et vulnérable, mort; de la peur de se tromper; de la peur d’échouer. Se placer volontairement les pieds dans les plats? Pourquoi pas! Se confronter à une tâche impossible à réaliser? Kick ass, baby!

L’aventure a la tête dure. L’aventure n’apprend pas de ses erreurs, sinon qu’elle n’en a jamais assez commises. Et toujours, l’aventure prend des fucking de drôles de tournures. Même que, parfois, elle commence où on croit qu’elle finit… — Bruno Blanchet / La frousse autour du monde, Éditions La Presse, 2008,

J’ai terminé mon bouquin dans un endroit public. Pour pleurer, je me suis cachée dans les toilettes.

Bruno, notre ami Bruno, a ouvert «la porte par en-dedans.»

Elle était fermée depuis beaucoup trop longtemps.

La fin de la peur.

[Note : désolée pour la qualité de l'image!]


Je pense

6 mai 2009

Mini chat miaule sans arrêt dans l’espoir de se reproduire. C’est le printemps pour elle aussi.

Sonpére aime son travail et trouve le temps de nous écrire. Ça me rassure.

J’ai fait des muffins et de la compote de pommes. Ne manquaient que des tartes sur le comptoir pour que le portrait soit parfait, mais j’ai préféré aller m’étendre sous mon véhicule pour zigoner mes freins.

La plante de Sonpére est encore en vie, mais elle a le caquet bas. J’ai tout de même le goût de planter quelques fleurs dehors. Le Bon Dieu s’en occuperait avec moi.

Tipiti soupire d’aise dans son lit, j’ai hâte d’aller rejoindre Sherlock Holmes.

Je n’ai pas fait la vaisselle, mais personne ne le sait.

Bientôt 2 ans d’amour léonin.

J’écris à nouveau.

Je pense qu’on peut dire que tout va bien.


Ex-il

25 avril 2008

Voilà maintenant 3 semaines que Sonpére est parti, et presque autant que j’ai envahi ses pénates.

Étrange, tout de même, ce sentiment d’être encore un peu chez soi. Demeure différente, aménagement différent, environnement différent. 5 ans nous séparent de notre vie commune. Pourtant, ces couvertures que nous avions choisies ensemble, ces petits bas en tas que je retrouve ici et là, cette mocheté de meuble de télévision qui me fait autant rager lorsque qu’il faut dépoussiérer… J’ai le sentiment d’être ailleurs, mais de m’y retrouver un peu.

Sonpére a décidément une belle vie! J’utilise son bain, je dors dans son lit, je récupère son courrier, je salue ses voisins, je cuisine avec ses ustensiles, je fréquente ses restaurants…

Je lis ses livres.

Des livres partout.

Dans la chambre, le Mein Kampf d’Hitler se dispute le dessus de la pile avec La part de l’autre de Schmitt. Au bureau, Une histoire de la lecture discute avec le Saint Coran. Au salon, les dictionnaires tentent de déchiffrer leurs voisins Dongeons et Dragons, alors que les Cent ans de solitude argumentent avec les Fortune de France et le Comte de Monte-Cristo.

À la salle de bains, Le calepin d’un flâneur de Félix Leclerc côtoie Les maîtres de la stratégie. L’endroit étant ce qu’il est, je préfère flâner et lire ces pensées douces, parfois aigres (parfois les deux), mais toujours justes.

Flânons.

Leclerc a été louangé, admiré, et même chanté, il est tout de même pour moi une révélation. Je pourrais citer le livre entier, je pourrais le lire à répétition, je pourrais le réciter billet par billet : tous les passages s’appliquent à un moment de notre vie.

Flânons!

«Beaucoup qui ne sont qu’utiles se croient indispensables.»

Flânons encore un petit cinq minutes…

« Le lâche dit : “Le monde m’indiffère et je l’ignore.”
L’ambitieux dit : “Le monde est bête et je l’exploite.”
Le saint dit : “Le monde est malade et je le soigne.”
Le mauvais riche dit : “Le monde est en parfaite santé et je le bénis.”
L’idéaliste dit : “Le monde m’écoeure et je le fuis.”
L’arriviste dit : “Le monde est ainsi et je l’accepte.”
Le raté dit : “Le monde m’ennuie et je le hais.”
L’artiste dit : “Le monde s’ennuie et je le berce.”
Le révolté dit : “Le monde me fait mal et je le tue.”
Le savant dit : “Le monde est dieu et je le prouve.”
Le sage dit : “Le monde s’agite et je l’observe.”
Le Christ dit : “Le monde est ailleurs et je l’attends.” »

En ce moment, là, en pleine flânerie, je suis idéaliste.

Et vous?


Je répète!

23 février 2008

hiver.jpghiver.jpghiver.jpg« [...] il n’en demeure pas moins que l’hiver est plus qu’un élément folklorique. Pour les Québécois, c’est comme la camisole, c’est un hiver de force. Notre poésie s’y trouve, notre humour s’y loge, notre tendresse y meurt parfois et notre détresse s’en nourrit.  — Lorraine Pintal, metteure en scène

Un livre que nous étions forcés de lire au Cégep, en littérature québécoise.

Heureusement, j’aimais lire.

Heureusement, ma prof de littérature québécoise aimait la littérature québécoise.

(Ce qui n’était pas toujours le cas des profs de littérature, surtout des profs de littérature québécoise.)

hiver.jpghiver.jpgHeureusement, cette prof ne voyait pas la littérature québécoise comme des romans racontant la vie des premiers colons, les romans du terroir… 

Heureusement, elle avait été ado dans les années ‘70, et voulait changer le monde!

Heureusement, elle était notre Petit Pois à nous :

«On va leur en faire des colons, de la neige, des Maria Chapdelaine. Dans dix ans, c’est eux qui vont se mettre à genoux pour qu’on les civilise. Leurs enfants vont apprendre la grammaire joual puis c’est les pièces de Michel Tremblay qui vont les faire flipper à la Comédie-Française. Ils sont pas dedans man! »

Heureusement, elle nous a forcés à le lire.

Forcés à lire L’hiver de force de Réjean Ducharme. (Mon exemplaire est d’ailleurs chez mon ami Tap-tambour depuis le cégep… il faudra que je pense à lui reprendre.)


À pas feutrés

12 février 2008

À petits pas prudents, Lalionne explore et apprivoise son nouvel environnement.

Elle renifle l’air, à l’affût du danger qui pourrait subsister : une bête blessée s’assure toujours de la sécurité des lieux avant de se détendre.

Là… voilà. Elle s’étend au soleil qui pointe par l’unique fenêtre du cagibi. (Vous imaginez! un bébé d’été avec une seule fenêtre!)

Lalionne va beaucoup mieux. Il faut dire que la manif gaillardement instiguée par l’ami Papistache au pied du Mur de la honte a eu son effet bien au-delà du virtuel : même le Président a entendu le cri de solidarité!

Certes, l’enclos de Lalionne ne sera pas plus grand, mais les graffitis qui en ornent maintenant les murs rendent la captivité plus supportable, voire agréable. Ce sont les fenêtres véritables : témoignage de mondes différents, évasion vers des contrées lointaines et d’autres univers. Lalionne, tu n’es pas seule… Merci.

Pennac a écrit dans je-ne-sais-plus-quel-bouquin que le temps de lire est toujours du temps volé.
(Je voudrais bien citer, mais si je me levais de ma chaise, je risquerais de voler du temps de lire et oublier de voler du temps d’écrire.)

Car écrire est toujours du temps volé. (Du moins, pour moi.)

Et, qu’on se le dise, depuis quelques temps, je n’ai pas trop l’âme d’une voleuse de grands chemins!

- Qu’arrive-t-il au pâté chinois?
- Le four ne chauffe plus. Il fait moins 28. Et il tombe 10 à 15 cm de neige aux deux jours. 325 cm, tu imagines? Et la tempête de demain? Et la neige prévue pour vendredi! Congelé, le pâté chinois.
- Et le micro-ondes?
- Du réchauffé?
- C’est mieux que rien!

Alors voilà, il paraît que du réchauffé, c’est mieux que rien.

Je réchaufferai donc.