Frue et refrue

2 juin 2009

Totalement frue! (verte conviendrait parfaitement)

Le PC de Sonpere fait des tics-tics et des tacs-tacs et …se pare de bleu. Du coup, je pique le portable de Monlion, qui ne supporte pas les accents. Intransigeant!

Je ne sais pas si vous savez, mais il est assez difficile de composer en
fran-
c(e accent aigu)dille-
ais
sans les accents et sans apostrophe!

Je tente…

Tipiti a eu 8 ans hier. Par chance, il a plus de chance que sa maman…

Cadeau de Papa, Tipiti avait choisi une belle bicyclette toute neuve pour son anniversaire. Deux semaines avant le 1 juin, Lalionne planifie : elle donne des sous au marchand, qui garde la bicyclette sous haute surveillance. Tours de garde : le gentil Monsieur, qui ne cesse de surnommer Tipiti “Mon chum”, promet de prendre soin du cadeau choisi.

“Pourquoi tu me dis Mon chum? Je ne te connais pas!” — Tipiti

(Bien dit, Tipiti. Je ne suis pas friande des adultes inconnus qui jouent copain-copain avec les enfants pour avoir un air cool.)

2 jours avant la date, je communique avec le Chum, qui me dit que tout est en ordre et que je pourrai passer dimanche pour la super bicylette VERTE.

- Verte? Il en existe des vertes? Tipiti voulait la brune!
- Non, non, Madame! Vous vouliez une verte!
- Pauvre toi, avant notre conversation, je ne connaissais pas le vert!
- Si si! Vous vouliez vert! Mais soyez sans crainte, je vous trouverez du brun pour dimanche.

Dimanche venu, je me pointe chez le marchand, qui pointe vers une belle bicyclette… verte. (frue)

- Nonononon! Tipiti veut du brun!
- Impossible!
- Oh Oh Oh, MON CHUM, je te jure que cela sera possible! Avoir su, nous aurions pris la bicyclette lorsque Tipiti est venu la choisir… Je trouve votre service des plus ordinaires! (froncement de sourcils)
- Je vais essayer encore…
- Oui, essaie! Pour TON CHUM. Tu te souviens de Ton Chum?

Il cherche partout et appelle toute la ville. Au bout de plusieurs longues minutes et du compte, pas de brun, que du vert.

Il me promet une autre bicyclette… pour dans 2 jours. Meilleure, plus dispendieuse… “Mais je vous la laisserai au prix du brun.” Rire jaune.

Mieux vaut pour toi! Unelionne reste Unelionne : si elle se laisse souvent marcher sur les pieds lorsque cela la concerne, il en va tout autrement lorsque son rejeton est en cause!

ROOOOOAAARRRR

Comment annoncer la nouvelle? Tipiti attend sa bicyclette depuis si longtemps!

Le lendemain, 1 juin, anniversaire du Tipiti, pas de bicyclette brune, ni de bicyclette verte.

PAS DE BICYCLETTE.

La tristesse! ” Il avait promis! Il a menti! Il voulait juste notre argent”

Pauvre Tipiti qui vient de faire connaissance avec le capitalisme!

Toutefois…
Toutefois…

Toutefois, il y a un Bon Dieu pour les Tipiti gentils qui travaillent fort!

Le 1 juin, alors que Tipiti travaille sur son ardoise, je travaille sur mon ordi (qui supporte les accents, lui!) lorsque le Chum du chum (appelons-le chum no 2) appelle…

- Madame? Vous serez contente de savoir que je suis devant une bicyclette brune!

Je pleure de joie.

Vite fait, je quitte le travail et cours chez Chum no 2.

- Vous aviez fourni une avance…?
- Si fait… Voici la preuve.
- Pourtant…
- QUOI?
- Je vois votre facture… Chum no 1 avait inscrit des chaussures.
- Brunes?

Je paie les chaussures, qui me parviennent sous forme de bicyclette brune.

- Vous savez, Sonpere avait pour projet de se procurer sa nouvelle bicyclette ici. Vous venez de perdre 4000$.

Le soir venu, je vais chercher Tipiti au service de garde avec Monlion, qui lui dit :

- Tipiti, tu devras marcher… pas de place dans la voiture!
- (froncement de sourcils) Pourquoi?
- Regarde, il y a une bicyclette qui prend toute la place!

Tipiti se penche et regarde dans la voiture.

Incertain, il regarde Monlion, puis me regarde, puis regarde de nouveau dans la voiture.

Une belle bicyclette brune!

- MA BICYCLETTE BRUNE!!!!
- Pas le choix, tu devras rentrer avec ta nouvelle bicyclette!

Rouge de plaisir, Tipiti a fait le chemin du retour avec sa nouvelle bicyclette, alors que nous le suivions en voiture.

La magie des anniversaires…


Bah!

25 mai 2009

Hier soir, j’ai regardé «Le diable s’habille en Prada» à TiViYa.

Comme toutes les filles de la planète lorsqu’elles regardent ce film, ça m’a donné envie de me pitouner un peu. Parce que parfois, rarement, secrètement, honteusement, j’aimerais bien être belle. Pas normale, du genre jolie ou correcte… Belle!

J’aimerais être belle, être féminine…

  • Être capable d’agencer deux vêtements sans qu’ils soient nécessairement de la même couleur pour ne pas me tromper. Monochrome.
  • Savoir mettre ces trucs de couleur sur les yeux sans avoir l’air d’une chanteuse des années 80 qui pousse la joke à bout.
  • Avoir envie de passer une heure chez le coiffeur, et ne pas en sortir avec l’air de Joan Jett.
  • Me décider à vivre ma première expérience chez l’esthéticienne et savoir ce qu’est un facial.
  • Prendre plus de temps que mon amoureux à me préparer pour une soirée.
  • Penser, au moins une fois dans la journée, à regarder l’état de la situation dans un miroir.

Vous voyez le genre?

Hier soir, on était dimanche, jour des possibles. C’était donc décidé : lundi matin, je me pitoune!

Ce matin, lundi, je me suis levée en retard parce que j’avais lu jusqu’à 3 heures du matin : adieu la crinière.  Sachant que j’irais au soccer extérieur à midi, j’ai reconsidéré l’idée de porter une jupe. J’ai envisagé l’idée de me maquiller pendant 3 secondes, mais bof, personne ne remarque jamais la différence. J’ai abandonné le projet des talons hauts et du beau sac à main qui ne tient que sur une épaule… C’est tellement encombrant lorsqu’on court dans les corridors du bureau!

Finalement, je me suis retrouvée assise à mon bureau, en jeans-t-shirt-espadrilles, pas maquillée et mal coiffée.

Monlion a été mon premier visiteur de la journée :

«Hellooooo, ma belle Poule!»

Tout torchon trouve vraiment sa guénille.


Un geste

19 mai 2009

Par un beau dimanche matin, chez Leslions.

«Bonjour Malionne! Je fais du café?»

Volontiers! Mon sourire répond mieux que mes mots, qui manquent invariablement à l’appel jusqu’au café.

D’un air concentré, Monlion verse l’eau dans la cafetière, dépose le café dans la petite boîte à l’avant et met la machine en marche en appuyant sur on/off. Je souris : Monlion a l’amour du travail bien fait, et chaque opération prend l’envergure d’un projet.

Une fois ses tâches complétées, Monbeaulion observe et écoute, les bras croisés. Le café coule. Il sourit.

Avec le sentiment du devoir accompli, son torse bombé le précédant dans sa marche royale, il va à la douche.

Je me cale dans ma chaise préférée et observe par la fenêtre l’un des trois félins Monlionesques, qui interprète à cet instant le rôle de la gargouille sur un garde-fou. (Quoi? Vous ne pensiez tout de même pas qu’Unlion adopterait des chiens?)

J’entends le café qui s’écoule goutte à goutte, promesse d’un moment peinard.

J’entends la douche qui chante, Monlion qui l’accompagne : «Ce soiiiiir, Sardaigne, j’ai soif…»

Lorsque le café est prêt, je me lève tranquillement, je prends délicatement ma tasse préférée dans l’armoire située à gauche de l’évier, je saisis la carafe de la main droite et je verse doucement la boisson chaude dans la tasse. Sans dégât. Une bonne journée.

Je retourne sur la chaise pour jouer à la gargouille qui observe une gargouille.

Une bonne journée, il n’y a pas d’erreur : je déguste ma boisson préférée, dans ma tasse préférée, assise sur ma chaise préférée. La gargouille fait toujours son travail. Pauvre minou à poil long, qui a subi la veille une tonte inégale de son beau pelage lustré. Il a l’air d’un lion.

Monlion!

Je me retourne sur ma chaise préférée (elle pivote!) : Monlion est là, debout, dans son coin préféré. Il boit son café dans sa tasse préférée, observant silencieusement un autre des trois félins.

J’accuse le coup.

JAMAIS, au grand jamais, je n’avais oublié de servir le café pour Monlion!

Pis encore, épouse indigne, je n’ai même pas songé à sortir sa tasse préférée de l’armoire située à gauche de l’évier!

Mon pauvre Lion! Il n’a même pas remarqué la catastrophe diplomatique qui vient de se produire dans sa propre cuisine…

Un jour ou l’autre, il faudra bien que je lui avoue.


l’aventure

13 mai 2009

J’ai 9 ou 10 ans. Nous sommes en camping avec une famille amie de la mienne. Qui dit camping, dit toilettes publiques à 3 km de la tente. Avec un peu de chance, les douches sont dans la même bâtisse.

J’ai mal au ventre, je jure que je vais mourir. Les crampes, les sueurs froides, les crampes.
J’ai envie. Vous savez, enviiiiie… Aller au p’tit coin, faire un numéro 2, trôner, se vider, le neu’ pousse le vieux?

J’ai envie de caca!

Ni une, ni deux (oui, deux), j’y vais. À force de trop d’étiquette et de retiens-ton-pet, je suis gonflée, gonflée à bloc, prête à répondre à toute attaque par la bouche de mes canons. Boum! Explosion.

Veinarde que je suis, les douches sont dans la même bâtisse. On ne fait pas dans la dentelle, dans la famille! (on fait dans les toilettes)

Boum! À couvert!

La fille qui prend sa douche à ce moment éclate de rire lorsque j’éclate d’un orgueil trop longtemps retenu.

Depuis, je ne fais plus de numéro 2 dans une toilette publique. Plus jamais. J’ai même déjà quitté l’école en pleine journée pour cause de vous-savez-quoi.

(Introduction un peu longue, mais j’en viens au sujet vif.)

Dernièrement, Sonpére m’a donné un livre, La frousse autour du monde, qui est un recueil des chroniques de Bruno Blanchet, publiées en 2004-2005 dans La Presse. Un livre fantastique, le premier à me convaincre que voyager pourrait m’intéresser. Vraiment. Voyager, je le ferais de la même façon qu’il le fait. Ses chroniques sont disponibles ici, mais je vous suggère d’acheter le bouquin et de l’offrir à quelqu’un que vous aimez.

Mieux, achetez-le et laissez-le sur une table, sur un banc, sur le comptoir d’une toilette publique…

Ce livre, donc,  se termine avec la décision de Bruno de poursuivre ses voyages. En réponse à ceux qui lui disent qu’il est chanceux de pouvoir partir ainsi à l’aventure, il dit ceci :

Ça m’a pris presque un an pour réaliser qu’elle est nulle part, l’aventure. L’aventure ne se trouve pas dans un livre, un guide ou une expédition prévue pour ça. L’aventure est une porte qui s’ouvre par en-dedans. Le reste dépend de vous. Ça peut se passer à Bombay, à Brossard ou dans la prison de Tanguay. L’aventure débute avec la fin de la peur: de la peur de rire quand on doit se taire; de la peur de fuir quand on doit plaire; de la peur d’être nu, ridicule et vulnérable, mort; de la peur de se tromper; de la peur d’échouer. Se placer volontairement les pieds dans les plats? Pourquoi pas! Se confronter à une tâche impossible à réaliser? Kick ass, baby!

L’aventure a la tête dure. L’aventure n’apprend pas de ses erreurs, sinon qu’elle n’en a jamais assez commises. Et toujours, l’aventure prend des fucking de drôles de tournures. Même que, parfois, elle commence où on croit qu’elle finit… — Bruno Blanchet / La frousse autour du monde, Éditions La Presse, 2008,

J’ai terminé mon bouquin dans un endroit public. Pour pleurer, je me suis cachée dans les toilettes.

Bruno, notre ami Bruno, a ouvert «la porte par en-dedans.»

Elle était fermée depuis beaucoup trop longtemps.

La fin de la peur.

[Note : désolée pour la qualité de l'image!]


Ciel de février

8 février 2009

Un ciel bleu Crayola 908, avec uniquement quelques nuages effilés, étirés… le peintre a oublié quelques endroits. Le soleil, enhardi par Février, s”amuse à faire des ombres chinoises sur l’écran blanc de la neige. Les arbres basculent en vagues successives, effectuant une danse folklorique en réponse au vent rageur.

Un beau dimanche.

Assise devant l’ordinateur de Monlion, observant par la fenêtre ce party naturel où l’Homme n’est invité qu’à titre d’observateur, je décroche aux trois mots : la branche du vieil arbre de la cour tente de battre son record à la corde à sauter.

Baisser les yeux, ne serait-ce qu’une seconde, descendre le regard d’un petit centimètre, et le retour sur terre serait fracassant. Horrifiant. Désolant.

Gâché, le paysage, par un homme que le Bon Dieu a dû oublier, ou laisser sur Terre pour permettre à plusieurs de gagner leur ciel.

Un ciel occulté par le cabanon, que le voisin a érigé si haut qu’il en dépasse sa maison. Un cabanon dont le deuxième étage est fenestré sur tous les côtés et sert de tour d’observation à son propriétaire pour épier les moindres gestes de l’entourage. Insatisfait de l’intérêt décroissant de ses voisins, il l’a ensuite transformé en phare : une lumière de Noël rouge  éclaire maintenant notre cuisine en permanence. Il veut que nous pensions qu’il s’agit d’une caméra.

Plus bas encore, la maison. Des objets ajoutés au fil du temps nous rappellent qu’il épie toujours, tout le temps, constamment.

Dans sa fenêtre (qui observe notre propre fenêtre), un carton sur lequel sont inscrites des injures, formulées à notre intention dans un mauvais français -ou dans un usage abusif de n’importe quelle langue. Partageant le même espace restreint, un sans-fil sur lequel il a inscrit «photos numériques» avec un feutre de mauvaise qualité doit théoriquement nous faire croire qu’il nous photographie grâce à sa ligne terrestre. Entre les deux, une autre lumière de Noël (jaune, cette fois), clignote nuit et jour dans notre cuisine.

Sur le mur extérieur, une fausse tête de chevreuil qui observe notre maison.

Sur son antenne, d’autres messages haineux, composés à partir de lettrage commercial.

Un triste décor, rappelant de tristes événements, rehaussé cet après-midi par une pelle traîneau qu’il a laissée sur son toît, n’ayant probablement pas eu le temps de terminer son travail cette nuit.

Parce que cet homme qui épie, qui injure, qui agresse, devrait être celui qu’on épie : profitant du système, il est l’heureux bénéficiaire d’une rente à vie de la CSST. Du coup, il construit et effectue l’entretien de sa maison la nuit, lorsque l’homme qui a la conscience tranquille dort sur ses deux oreilles.

Police, administration municipale, organismes gouvernementaux, tout a été tenté. Pourtant, il est toujours là et continue impunément à embêter ses voisins.

Comme tout le monde, au début, j’ai ri : quel homme sutpide!

Maintenant que nous ne sortons qu’à deux afin d’éviter de l’entendre frapper à sa fenêtre ou d’entendre les insultes qu’il nous crie du fond de sa cour, maintenant, je ne ris plus.

Maintenant que j’y pense, le ciel bleu crayola 908 est gris.

Mieux vaut changer de fenêtre ou regarder le décor imbécile de la télévision.