Feu vert au virage à gauche

17 septembre 2007

Turn left, scandent leur chandail.

Café fumant,
Regardent les parents.

Ils ont les pieds déformés par une protubérance à la bottine, une tête recouverte d’une coquille qui fait penser à Caliméro, un habit tout moulant qui moule… Ils ont l’air de cure-oreilles.

La saison du patinage de vitesse est déjà commencée!

Patates humant,
«Boucher, Gaétan,
lorsqu’il sera grand,
en espérant…»

Retour du Tipiti sur la glace, sous le regard admiratif de ses parents qui ne tiennent pas sur des lames à moins d’obtenir l’aide du précieux quadrupède sur lequel l’homme a l’habitude de poser les fesses.

«Médaille d’argent?»
Du calme, Ramaman!

«Alors quand, Alors quand?»
Il faut savoir tourner à gauche avant!

Retour du Conseil de famille. Le Bon Dieu a inventé le dimanche et ses cours de patinage de vitesse pour permettre aux parents séparés de discuter des dossiers familiaux dans un endroit neutre (voire glacial), tout en observant leur progéniture virer à gauche.

- Il a perdu une autre dent!
- Faudra penser à lui acheter des gants.


Nos Lumineux

16 septembre 2007

19h00, la soirée bat son plein.

Assise avec Monlion, Ramama, Boumba-y-Boumbette et Tipiti, nous rions de l’inclination de ce dernier pour les poulpes qui traînent au centre de notre table. La musique joue en sourdine -des hits des années 80, pour la plupart- suffisamment forte pour qu’on en reconnaisse l’air; suffisamment basse pour qu’elle ne vienne pas interrompre les conversations.

Les tables voisines sont éclairées par des visages connus. Certains sont quotidiens (je vois justement Chou qui joue avec la chandelle), d’autres annuels ou sporadiques (voici l’homonyme de Trop’tit qui me sourit.)

Planètes d’un même système, nous sommes regroupés autour d’un îlot central, l’astre du jour. Nous avons tous effectué notre ellipse à notre rythme, certains plus rapides que d’autres, pour nous retrouver alignés en ce jour particulier. Réunis pour une raison unique.

Les vedettes de la soirée, charismatiques, souriants, ont le bon mot pour l’un, le geste qui rassure l’autre : «Nous sommes heureux que vous soyez là».

Lumineux, tel est le terme qu’un des orateurs avait utilisé pour les décrire. Solaires, ajouterais-je!

Everything I do, I do it for you

Bryan Adams chante mieux que jamais, alors qu’An’Mar et An’Dy s’offrent le plaisir d’un répit pour se regarder amoureusement. Everything they do, Everything they have done, Everything they will (enfin, vous comprenez le topo.)

Des photos des deux amoureux passent à l’écran et me font réaliser que dans leur cas, «everything» veut vraiment dire beaucoup. Dix ans d’aventures en commun! Des voyages, des réunions, des fêtes entre amis…

Et cette autre aventure qui les a surpris il y a quelques semaines, qui les attend avant la prochaine lune, l’astre de la nuit, qui les verra s’endormir en un pays lointain! L’immunité diplomatique, le travail pour l’ONU, la vie exotique, voilà ce qui les attend.

Cambodge, nouvelle terre d’accueil, nous te les confions. Aime-les comme ils t’aiment déjà! 

Et pourtant (pourtant!), je crois que leur plus grande aventure s’est déroulée il y a un peu plus d’an et se salit justement copieusement de son repas en disant les 2-3 mots qu’il connaît. Un petit B. Un b minuscule à la bouille toute barbouillée.

B-minuscule, regarde le bonheur de tes parents! Ils brillent, ils nous réchauffent, ils nous éclairent.

Unis pour la vie? 
C’est ce qu’ils ont promis. 
(Et même Tipiti sait ce que veut dire le mot «promis»!)

An’Mar, An’Dy, B-minuscule,
Nos Lumineux…
Si loin que vous soyiez, nous graviterons toujours autour de vous!


No-Mi

12 septembre 2007

Cours, No-Mi, cours!

Ze me répète ça dans ma tête pac’que ze sais que ça court plus vite. Ze suis vite vite vite. Ze le sais, z’ai dépassé mon Papa!

Ze suis grande, maintenant : ze peux rester seule à la maison pendant que Maman descend à la buanderie. 5 minutes.

Quand ze serai encore plus grande, ze vais me marier avec Chou. C’est mon amoureux. C’est normal, c’est mon voisin! Et on va vivre dans une grande maison et on va avoir des madames qui vont nous faire à manzer. Ze l’ai dit à Chou, l’autre jour qu’on zouait au chevalier et à la princesse. Il a dit oui. Tipiti, il a dit : «Deux zamoureux, ça s’col-le, ça s’col-le…»

Mais ze suis pas z’assez grande encore pour me marier, que Maman a dit. Zuste un peu grande.

Avant, ze devais touzours aller à la buanderie avec Maman. En bas, quand ze remplissais la machine de vêtements, la Maman de Tipiti arrivait souvent en même temps. C’est drôle, quand ze la voyais devant la machine à laver d’ici, elle avait touzours l’air déçue. Elle soupirait, demandait à Maman si c’était sa dernière lessive, et elle remontait les marches zusque chez elle. Peut-être qu’elle était triste pour Maman qui travaille beaucoup à la maison?

C’est drôle, pac’que dans mon bloc, y’a tout plein de madames qui s’appellent Maman. Ze connais zuste une No-Mi, mais beaucoup de Maman. Comme à la garderie où il y a 2 Samuel, on a fait la différence en azoutant un mot : Maman de Tipiti, Maman de No-Mi, Maman de Chou, Maman de Thing (mais elle, c’est aussi la Maman de Chou.)

Ma Maman à moi, quand ze suis toute seule avec elle, ze l’appelle pas Maman à No-Mi! Franchement! Ze l’appelle Maman tout court.

Quand ze reste seule à la maison, 5 minutes, ze barre la porte derrière Maman tout court. Et z’attends. Z’entends Maman tout court qui court dans les escaliers pour aller à la buanderie. Si ze colle mon oreille sur la porte, z’entends Thing qui pleure des fois. Des fois. Alors z’ai moins peur. 5 minutes, c’est long, des fois, pour avoir peur!

Z’ai un sien. Un sien noir, qui bat de la queue et qui manze touzours. Il s’apelle Preston. Il va me défendre. Preston zoue souvent sur le balcon, alors ze vais zouer avec lui. Sur mon balcon, ze vois le balcon de Ramama, la Grand-Maman de Tipiti. (C’est la Maman de la Maman de Tipiti, mais comme ze connais zuste une Ramama, z’ai pas besoin de razouter de mots.)

Z’aime ça regarder chez Ramama, parce que ze la vois faire à manzer et faire la vaisselle. Des fois, ze me grimpe sur la pointe des pieds et z’étire mon nez si fort que ze sens le pouding chômeur de Ramama  qui cuit.

Ramama, elle est touzours zentille avec les enfants, parce qu’elle zoue. 


Bonne fête!

30 juillet 2007

Vieillir, c’est constater que nous aimons…

Le 27, je me suis levée SANS ÊTRE MARABOUT. J’ai regardé Monlion, et je me suis dit : «je l’aime». Je t’aime, Monlion.

Je suis allée me procurer du tabac. La jeune fille, de toute évidence plus jeune que moi, m’a demandé mes cartes. Aujourd’hui, tu peux me les demander tant que tu veux, ma belle… c’est signe que je ne vieillis pas! Je l’ai aimée ce court instant.

Je suis arrivée au travail, et dans le stationnement, mes collègues m’ont chanté «Joyeux anniversaire». Mes collègues sont gentils et je les aime.

J’ai mis sous tension ma bien-aimée machine, et j’ai lu les courriels de mes autres collègues. Ceux-là aussi, je les aime.

J’ai dîné avec Germaine la capitaine. Elle est hot, Germaine. Je l’aime!

J’ai répondu au téléphone pour le reste de la journée. Ma famille, je vous aime.

Le soir venu, j’ai quitté mon travail. Mes vacances, je vous aime.

J’ai rejoint avec Monlion (Je t’aime encore) mon Tipiti (Je t’aime), Ramama (Je t’aime encore), Boumba y Boumbette (Je vous aime), Caro (Je t’aime), et nous avons soupé au resto (mon bedon, je t’aime).

Enfin, j’ai lu mes mails outre-mer (Fraisinette, je t’aime), encore répondu au téléphone (mes amis, je vous aime).

Et puis…

J’ai fini la soirée exténuée, les jambes surélevées, parce que je faisais de la rétention d’eau.

On se fait «carter» au lever pour notre air de jeunesse; on se fait proposer une pilule au coucher pour notre air de vieillesse.

Vieillir, c’est constater que nous aimons… et que nous vieillissons.


Les ex : être compréhensif et gentil… à quel point? — Les derniers en liste

21 juillet 2007

Sa dernière en liste, elle a voulu me rencontrer, une fois. Chez elle. Avec ses enfants à elle, que Monlion aime beaucoup.

Je n’ai pas pu! Incapable de me présenter en terrain inconnu, sans défense future et sans retraite possible. (Hey! je suis Unelionne, moi!)

Car, en soi, l’idée de la rencontre ne m’effrayait pas réellement; non, c’était plutôt l’idée du contrecoup. Vous savez, ces appels a posteriori ? « Dis, tu as remarqué que ta nouvelle blonde… » Ou bien : « Elle est drôle, ta nouvelle blonde, elle… »

Règle numéro 1 de Lalionne :
Toujours se méfier d’un(e) ex qui utilise des qualificatifs comme drôle, spécial(e), étrange, particulier(ère) en parlant de la nouvelle conquête…

La suite est généralement un commentaire qui semble anodin, mais qui est en fait du venin qui tue la nouvelle relation à petite dose. Des traits jamais remarqués, ou plutôt, qui avaient été perçus différemment par la nouvelle conquête deviendront sous le fiel de l’ex une véritable tare.

Mais Monlion, lui, avait accepté, avec Sonpére! Chez Sonpére. Avec l’enfant de Sonpére. Du coup, les remords… De fait, je vous le demande :

Est-on obligé d’être ami avec les ex de l’autre?
Est-on même obligé de les rencontrer?
Si l’autre accepte de rencontrer nos ex, est-on obligé de faire de même?

Et puis d’abord, pourquoi certains ex nous dérangent-ils plus que d’autres?

Car, vous savez, Monlion n’est pas en reste! S’il a d’emblée apprécié Sonpére, il en va tout autre avec MON dernier en liste. Celui-là, pas capable de le blairer. Manque de confiance en moi? Manque de confiance en lui? Il a évidemment ses raisons, mais la principale demeure : manque de confiance en lui, l’ex. (Et pourtant, il ne le connait pas!)

Dans les deux cas, nous ne connaissons l’ex que par les histoires et commentaires de l’autre. Je n’aime pas les conseils moralisateurs qu’il me rapporte de sa dernière sur notre relation; il n’aime pas les conseils libertins que je lui rapporte de mon dernier sur notre relation.

Dans les deux cas, il s’agit de la dernière personne en liste.

Est-ce à dire que nous serions mieux, afin de faire taire nos craintes, de rencontrer tous les ex, tout ceux qui sont (de toute façon) dans notre chambre à coucher?

La dernière personne en liste est-elle (de toute façon) destinée à être exclue?

Ramama, je suis perdue, avec tous ces ex dans la chambre à coucher!