Suite et fin

14 juillet 2009

Tu es parti la semaine dernière.

Lundi, tu étais en réunion, puis tu as discuté avec tes anciens collègues et amis sur les étages.

Derniers tests. Je vais tellement m’ennuyer! Il faut que demain soit parfait!

Mardi, tu as été acclamé lors du 5 à 7 que Lamie et moi avions organisé pour toi, et tu as pleuré en regardant la vidéo que nous t’avions préparé.

Te voir heureux a été ma récompense…

Mercredi, je t’ai vu sur mon étage. Tu visitais tes amis du premier pour faire tes adieux. Tu m’as dit : «Si je n’ai pas le temps de venir vous parler avant mon départ, venez me voir à mon bureau. Je pars vendredi à midi.»

Si je n’ai pas le temps? Mais tu prends le temps de visiter tous les autres!

Ce jour-là, j’ai effacé ton nom sur le dossier rouge pour y inscrire le nom du nouveau.

Jeudi, tu es passé au Centre de doc. All-in était là. Tu lui as fait tes adieux.

Puis, à Perroquète et à moi, tu nous as dit : «Si je n’ai pas le temps de venir vous parler avant mon départ, venez me voir à mon bureau. Je pars vendredi à midi.»

On est jeudi pm… Nous sommes là, tu es là. Ne t’en fais pas, nous ne sommes pas regardantes sur le minuit-moins-une : 24 heures avant le départ nous conviendrait parfaitement, comme décompte.

Perroquète a pleuré.

Vendredi, à 10h30, comme tu n’étais toujours pas venu nous voir, je suis allée…

Tu m’as fait asseoir. Tu m’as dit que tu avais lu le billet que j’avais écrit à ton propos sur Pâté chinois. Tu l’as lu, point.

Tu m’as montré en riant le seul dossier qui restait sur ton bureau. C’était le dossier que nous menions ensemble. Le seul dossier que tu n’as pas clos. Pas de temps.

Tu connais Céline? Le dernier dossier qui reste sera le premier sur la pile du nouveau…

Nous avons certainement discuté, parce que ma bouche bougeait.

Plus rien à cirer… À l’image de… Comme il fait beau!

Perroquète est allée te voir à 11h30. Tu n’as pas pris la peine de la faire entrer dans ton bureau.

Amertume.

De retour au Centre de doc, elle a pleuré.

Sais-tu qu’elle a pleuré?

Tu veux savoir?

Pour la consoler, j’ai dit à Perroquète ce que Monlion m’avait dit pour me consoler, moi : «Si c’est le souvenir qu’il désire vous laisser, ça ne vaut pas la peine de pleurer pour lui…»

Bien dit, Monlion.

Je persiste et signe : Patron était un bon patron.

C’est tout.


Reflet

6 juillet 2009

Lalionne a regardé Le Labyrinthe de Pan.

Plusieurs lui disaient depuis longtemps de le regarder, “vas-y, ça te ressemble tant!”, mais elle avait peur d’y voir ce que les autres y voyaient. Malgré l’orgueil léonin, Lalionne n’aime pas se regarder dans un miroir…

Rassemblant tout son courage, elle a tout de même regardé le film, effrayée par son propre reflet.

Coeur de pomme.

De l’autre côté du miroir, elle y a vu la cruauté du monde des adultes, les désirs inassouvis d’une enfant négligée et la peur, toujours, cette peur qui envahissait tout, même ses contes de fées.

Une réalité bien enfouie, loin dans ses souvenirs, dans le tiroir “Cauchemars, horreurs et autres pensées néfastes – NE PAS OUVRIR”, et qui d’un coup, a refait surface.

Ces gens qui me recommandent le film ne me connaissent qu’en tant qu’adulte. Qu’y reconnaissent-ils de moi? Je ne peux que présumer, mais je crois que c’est le côté “rêveur et conte de fées” du personnage principal.

Mais… Une adulte rêveuse qui croirait encore aux contes de fées? Oh là! Mais c’est vous, qui croyez aux contes de fées!

Le rêveur SAIT que les contes de fées n’existent pas. Sinon, pourquoi se réfugier dans les rêves?

Derrière chaque adulte qui vous semble avoir l’esprit trop rêveur se cache un enfant à qui on n’a pas laissé le temps de grandir…


Malade

11 mai 2009

Je suis timide.

Bah, moi, timide?

Bah ouais. Malade de timidité. Ti-mi-di-té-ma-la-dive.

Tel un calepin Bob l’éponge, mon gros cerveau niaiseux catalogue en RCAA2, indexe plein texte et classifie en LC tous les petits événements qui vous semblent anodins, à vous, les pas timides. Une giga banque de données interne avec recherche intuitive et suggestions de lecture.

Depuis ma naissance.

J’ai dû être gênée le jour où j’ai poussé mon premier cri.

Depuis ce temps…

Réunion réunissant mon boss, mon amie collègue et son boss. Ils disent n’importe quoi, s’emplissent l’un et l’autre sans réaliser qu’ils se font emplir l’un et l’autre. Je me tais. Parce que plus tôt, j’ai pensé (rien que pensé) ouvrir la bouche pour répliquer.

J’en ai tremblé, j’ai manqué d’air, j’ai plaqué rouge. Mon coeur de pomme en compote sans sucre.

Comme des milliers d’autres, ce souvenir me reviendra en mémoire lors de la prochaine réunion pour me farder d’écarlate et accompagner l’orateur d’un halètement moulinet-à-compote-de-pommes. Et je me tairai encore. Une âme plus sensible que les autres aura peut-être compris que je n’étais pas en accord.

Si je n’étais pas timide, je rêverais de rencontrer Robert Lepage. N’est-il pas fantastique?

Si je n’étais pas si timide, je crierais même au génie comme tous les autres.

Je ne figerais pas. Je ne jouerais pas les blasées qui se retient de dire «t’es bon, on t’aime, j’aime ton travail…», parce que je n’aurais pas besoin de le lui dire : il est timide aussi. Entre timides, on se comprend. Sans mots. Sans ces mots, on pourrait discuter.

Si je n’étais pas timide, je rêverais de rencontrer Robert Lepage, et je n’aurais pas peur de gâcher mon rêve en raison de ma ti–mi-di-té.

Compote de pommes.


Je me souviens

21 avril 2008
  • Je me souviens d’avoir lu hier un livre dont le titre est Je me souviens d’avoirs cherché oxymoron dans le dictionnaire.
  • Je me souviens du lit à 4 étages au chalet de ski de ma copine. J’avais celui du haut!
  • Je me souviens qu’en troisième du primaire, notre toilette a débordé, et que Marie, ma copine en visite, m’a dit que c’était peut-être un coeur de pomme qui obstruait le passage. Lorsque le plombier a plongé ses outils dans la toilette, il y a trouvé un coeur de pomme. J’ai trouvé Marie très intelligente d’avoir deviné que c’était un coeur de pomme.
  • Je me souviens que Sonpére laissait toujours ses pantalons, ses boxers et ses bas en tas au pied du lit, comme s’il voulait les enfiler au matin. Je me souviens qu’après 7 jours, il y avait 7 tas à mettre dans la lessiveuse.
  • Je me souviens d’avoir eu un coloc qui nous énervait, Boumba et moi, parce qu’au lieu de rincer son rasoir entre chaque séquence, il donnait des coups sur l’évier pour le vider. Il était infirmier. Il se levait à 6 heures du matin.
  • Je me souviens qu’en réponse à une question concernant les plantes, Ti-Brin m’a dit cette phrase célèbre : «Tout ce qui mange chie.»
  • Je me souviens du tourne-disque et du petit truc en plastique qu’on devait mettre au milieu lorsqu’on jouait un 45 tours.
  • Je me souviens que dans les années 80, Ramaman portait un foulard roulé et noué en bandeau-à-la-Rambo sur le front.
  • Je me souviens qu’en secondaire 3, j’ai prêté mes souliers à Julie parce qu’elle avait oublié les siens dans l’autobus en venant à l’école le matin. Le même jour, au retour de l’école, elle a oublié mes souliers dans l’autobus.
  • Je me souviens qu’à 5 ans, m’étant coupé la joue, j’avais une grosse cicatrice et que le médecin disait que j’aurais peut-être besoin d’une chirurgie plastique. Je le croyais.
  • Je me souviens que Boumba me disait que j’allais avoir une joue en plastique. Je le croyais.
  • Je me souviens que l’infirmière qui m’a recousu la joue avait le même prénom que moi, et que c’est ainsi que j’ai compris que nous ne changions pas de prénom devenus adultes.
  • Je me souviens de la bouteille-ouvre-bouteille de Miller.
  • Je me souviens d’avoir fait exploser une enveloppe de ketchup sur mes pantalons blancs, ainsi que sur ceux de Boumba, juste avant d’aller à la messe. J’ai été punie.
  • Je me souviens d’avoir voulu faire bouillir de l’eau et de m’être dit que le rond de la cuisinière ne savait pas ce qu’on y mettait, alors l’eau pouvait être chaude ou froide… le temps serait le même.
  • Je me souviens qu’en 1994, mon copain et moi avons pris «une pause» plutôt que de rompre. Il est maintenant marié et a deux enfants. La pause dure toujours.
  • Je me souviens des croque-oignons au McDonald’s.
  • Je me souviens que mon surnom était Bidule, et qu’à la fête du Canada, un clown répondant au nom de Bidule était venu me parler. J’ai pleuré.
  • Je me souviens des voiliers de 1984 et du poncho en plastique jaune du genre k-way que tout le monde avait.
  • Je me souviens qu’en quatrième année, ma prof s’appelait Carmelle et qu’elle était toujours fâchée. Elle m’avait engueulée parce que j’avais oublié mon Nouveau Testament, et m’avait prêté le sien «parce que la charité est chrétienne.»
  • Je me souviens d’avoir mâchouillé les lacets de mon gant de baseball. Ça goûte salé.

Remords

27 février 2008

Quels sont les sujets qui vous poussent inévitablement aux remords?

Pour ma part, parmi plusieurs, un sujet très sensible : Mon père. Non pas «Sonpére», mais «mon père»,  celui que je n’ai d’ailleurs jamais nommé ainsi.

Voilà bientôt 2 ans que je ne l’ai pas vu. Il n’est pas si loin, 3 heures de voiture tout au plus, et pourtant, je ne le vois jamais.

Oh! Il me parle parfois sur la messagerie instantanée, pour me dire dans quel pays il se trouve «par affaires»… Mais la relation père-fille, oublions ça. Lorsqu’il m’écrit, je coupe court, je fuis.

Je ne sais pas comment lui dire que je ne veux pas lui parler, que je n’en ai même pas envie. (En vie.) Remords.

Je n’ai jamais su lui dire que je lui en voulais. Que je lui en veux encore.Que j’ai faim, j’ai toujours faim, à cause de lui. Je n’ai pas su lui dire que je n’ai pas oublié ces jours où je mangeais les restes des assiettes des autres, vos assiettes, faute de mieux.

Je n’ai pas oublié mes mensonges aux autres pour le protéger, lui. Pour ne pas dire qu’il nous laissait sans bouffe pendant des semaines, pour ne pas dire que je détestais croquer vos maudits coeurs de pomme pour survivre.

Meuh non, Naphtaline, Natashquan, Merveille, je n’étais pas une passionnée des coeurs de pomme! J’étais seulement affamée…

boum-boum, boum-boum. Coeur de pomme en reste.

J’ai faim, j’ai toujours faim. J’ai peur d’en manquer.

J’ai parfois si peur d’en manquer, que je me prive pendant quelques jours.

Ne pas oublier la faim. Ne jamais oublier la faim. Si tu n’as pas de quoi manger, mords dans la vie, cela te nourrira l’esprit.

Toutefois, dites-moi, comment fait-on pour pardonner, lorsque l’on ne peut en parler? En parler! Il est si fier de dire que Boumba et moi sommes débrouillards. Il voit cette période comme une belle leçon de vie!

Re-mords dans la vie.
Vous voyez où je veux en venir? Comment pardonner à quelqu’un qui ne désire pas être pardonné, pour cause de relativité d’opinion sur la question?

Du coup, je l’évite.

Et je vis.

Remords inclus.