Ils sont mes voisins. Ils sont les amis de Tipiti. Ils sont mes collègues.
Aujourd’hui, au feu rouge, j’observe les passagers de la voisine-voiture. Musulmans. La femme me regarde, et je sens son insistance : «Allez, honnêtement, que penses-tu de moi, ainsi voilée?»
Ce que j’en pense, ce que j’en pense… Là, tu m’en colles une!
Le regard un peu frondeur, tout comme j’ai pu l’envoyer lorsque, adolescente, je portais des pantalons en vinyle argent. «Vas-y, amuse-toi si tu l’oses! Je te lancerai un de ces regards de dédain…!»
La Commission Bouchard-Taylor se penche présentement sur les accommodements reliés aux différences culturelles. De quelle couleur? De quelle saveur? Et bla, et bla. Penchez-vous, que je vous botte le derrière!
J’avoue ne jamais avoir réfléchi à la nécessité de statuer sur l’état culturel, la couleur ou les téléromans regardés par les gens que je croise…
Parce que, pour moi, la différence culturelle est partout, même au sein de la sacro-sainte société québécoise. Monlion est un sale punk qui rock ses minous, Boumba est un geek qui vit dans un monde virtuel, Boumbette respire l’art, Sonpére suit les codes militaires, Tipiti est dans la lune, je suis unelionne, Ramaman se couche à 18h30… Parlons-en, de la diversité culturelle! Vive le pâté chinois!
Paraît que MamandeMonlion, elle ne mettait pas de maïs dans son pâté chinois. Monlion a été renversé de sa chaise, lorsqu’il a croisé pour la première fois le maïs dans celui de son ami. N’ayant jamais connu autre chose que le pâté-chinois-sans-maïs, il a considéré comme «différente» cette nouvelle présentation, et s’y est accommodé. Il n’a pas pour autant créé une Commission Monlion sur l’accommodement!
Et puis, depuis cette maudite Commission, j’accorde une attention à des différences qui me laissaient indifférente pour cause de non-différence, parce que je vois ces regards qui me questionnent : «Toi, que penses-tu de mon voile?»
Ce que j’en pense, ce que j’en pense… T’as pas une autre question que celle-là?
En fait, cette satanée Commission a éveillé le sentiment de différence chez ceux qui, comme moi, n’en voyaient pas vraiment. Et ce sentiment est de surcroît signifié et mis en lumière par ceux qui sont théoriquement «accommodés».
Car maintenant, je vois la différence. Maintenant, ces gens dont les pratiques religieuses, le code vestimentaire et le choix de mode de vie sont questionnés en pleine Commission vivent avec un sentiment de paranoïa : le sentiment que tout le monde parle d’eux, au souper, à la télé, à la radio, dans l’auto…
Et je me questionne à mon tour. Cette Commission n’a-t-elle pas comme unique effet que de nous faire TOUS sentir différents?
Avec du ketchup?
Ou de la moutarde!
Oignons…
Tranche de pain beurrée!
Ce que j’en pense, ce que j’en pense… Tu veux vraiment savoir?
Porte ton voile tant que tu veux…
Mais laisse-moi porter mes ailes delionne.