Suivi

31 mai 2009

Papistache, Val, amis, récapitulons.

Encore bébé lala sur le marché du travail, je n’avais qu’un soupçon d’idée de ce que pouvait signifier l’attribut «gestionnaire».

L’unique boss que j’avais eu nous laissait libres dans nos dossiers, n’assurait pas de suivi, ne questionnait jamais. J’interprétais son comportement comme étant un signe de confiance, alors qu’il s’agissait d’indifférence… ou de lassitude.

Ce boss ayant obtenu une promotion, je me suis retrouvée sous l’égide de Patron.

Ne voulant pas brusquer les choses, Patron a maintenu l’approche du boss précédent. Néanmoins, sachant qu’il n’agissait pas ainsi avec ses anciens employés,  j’ai pensé qu’il était indifférent à mon travail. Dans mon esprit, le déménagement du Centre de documentation en avait été la preuve irréfutable.

J’ai donc éclaté. Une crise de larmes en bonne et due forme, «je ne suis pas heureuse, et ça va mal, et Perroquète n’arrive pas à faire son travail, et je n’arrive pas à obtenir les rendez-vous avec les autres patrons parce que je ne suis qu’une simple technicienne, et bla blabla.» Unelionne rugissante, qui griffe et blesse au passage, qui grogne et immobilise dans son élan la nature environnante.

Ce qui a sauvé la mise?

Patron est sensible. Il arrive toujours à identifier les points fondamentaux d’un discours afin de bien cerner les besoins réels. Même lorsqu’il a comme interlocutrice une criseuse de larmes qui porte tous les maux de la Terre sur ses épaules.

Ainsi donc, après une autre discussion, sans larmes cette fois-ci, Patron a compris que je désirais un appui de sa part… Ce qu’il a fait, et n’a jamais cessé de faire depuis.

Maintenant, entre nous, le parfait bonheur!

Il souligne mes bons coups, me ramène à l’ordre lorsque je m’égare, me défend envers et contre tous. Sa seule demande : «je veux être au courant. Même si c’est une mauvaise nouvelle, je veux le savoir, et je pourrai répondre lorsque ça éclatera!»

De bébé lala, il m’a guidée jusqu’à mon adolescence du monde du travail. «Prends ta place, Lalionne. Identifie tes alliés. Contourne tes ennemis pour aller chercher l’allié qui est plus haut. Réponds à leur demande si c’est possible, mais n’hésite pas à mettre tes limites. Toujours, toujours, Keep it simple, stupid.»

Et maintenant que son départ à la retraite est imminent, il me regarde devenir adulte dans le monde du travail. «Lalionne, t’as plus besoin que je t’accompagne sur c’coup-là, hein? Lalionne, ça ne fait pas partie de tes dossier, mais j’aimerais bien avoir ton avis sur un de mes dossiers.»

Dernièrement, aux lignes ouvertes à la radio, la question était : «Quelle est la principale qualité d’un bon boss?»

Si j’avais appelé (chose que je ne ferais jamais!) ma réponse aurait été celle-ci : un bon boss est un Patron qui s’assume.

En regard de cette définition, mon patron est un EXCELLENT boss.

  • Patron assume les décisions qu’il prend, qu’elles aient un effet positif ou négatif sur notre moral.
  • Patron assume que son travail consiste aussi à gérer les effets  des ses décisions.
  • Patron assume le travail de ses employés et en répond devant la Direction.
  • Patron assume les décisions de la Direction et en répond devant ses employés.
  • Patron assume qu’il est un boss et qu’il doit gérer différentes personnalités.

Et, plus que tout, Patron assume qu’il joue un rôle important dans la vie de ses employés : celui de les aider à se réaliser.


À la bibliothèque

29 mai 2009

(Avis à tous ceux qui affirment que
le bonheur ne se trouve pas dans les livres.)

Adolescente, j’étais impressionnée par Monsieur P-H, le vieux bibliothécaire de l’école.

PP-H arrivait à repérer dans le bon rayon, sur la bonne tablette et à la bonne cote, sans regarder dans son catalogue informatisé, le document que vous aviez demandé ou qui pourrait vous intéresser.

Vous demandiez, le vieux bibliothécaire allongeait le bras (qu’il avait très maigre) et vous sortait sa magie.

Un policier? Tu connais Agatha? Ah, tu as déjà lu… oui, tu as raison, ça se réchauffe assez vite. Tiens, prends ce Mary Higgins Clark. Mais attention! Tu la brûleras après 2 romans!

Virginia C. Andrews? Bof, tu sais, quand tu as lu une série, tu les as toutes lues!

Ah!!! Un connaisseur! Non, nous ne gardons que La peste et L’Étranger. Ces livres ne sortent pas souvent d’ici…

Oui, oui, oui… c’est un vieux roman… attends, il est bleu, le dos est un peu déchiré… Quoi, il n’est pas là? Ahhhh, le voici! Quelqu’un a dû le consulter et le reclasser à la mauvaise place! Ah oui, en effet… Regarde la cote!

En retenue? ET tu n’aimes pas lire? Tiens, prends ce Livre des records Guiness!

Son habileté à retrouver les documents à travers ces codes et ces tablettes me fascinait. Comment faisait-il pour savoir exactement où se cachait chacun des livres de la bibliothèque?

Et bien, vous savez quoi?

Maintenant que c’est moi, Madame P-H;

Maintenant que j’arrive à étirer le bras pour sortir la magie de mes tablettes;

Maintenant qu’à votre demande, je me dirige vers le bon rayon et regarde sur la bonne tablette;

Maintenant qu’à votre demande, je repère  en un seul essai et sans hésiter «le document à reliure spirale qui traite des recommandations du MAAARO pour les grandes cultures…»;

Maintenant que j’arrive à faire comme le vieux P-H, je connais le secret…

Et ça s’appelle Le bonheur au travail!


Malade

11 mai 2009

Je suis timide.

Bah, moi, timide?

Bah ouais. Malade de timidité. Ti-mi-di-té-ma-la-dive.

Tel un calepin Bob l’éponge, mon gros cerveau niaiseux catalogue en RCAA2, indexe plein texte et classifie en LC tous les petits événements qui vous semblent anodins, à vous, les pas timides. Une giga banque de données interne avec recherche intuitive et suggestions de lecture.

Depuis ma naissance.

J’ai dû être gênée le jour où j’ai poussé mon premier cri.

Depuis ce temps…

Réunion réunissant mon boss, mon amie collègue et son boss. Ils disent n’importe quoi, s’emplissent l’un et l’autre sans réaliser qu’ils se font emplir l’un et l’autre. Je me tais. Parce que plus tôt, j’ai pensé (rien que pensé) ouvrir la bouche pour répliquer.

J’en ai tremblé, j’ai manqué d’air, j’ai plaqué rouge. Mon coeur de pomme en compote sans sucre.

Comme des milliers d’autres, ce souvenir me reviendra en mémoire lors de la prochaine réunion pour me farder d’écarlate et accompagner l’orateur d’un halètement moulinet-à-compote-de-pommes. Et je me tairai encore. Une âme plus sensible que les autres aura peut-être compris que je n’étais pas en accord.

Si je n’étais pas timide, je rêverais de rencontrer Robert Lepage. N’est-il pas fantastique?

Si je n’étais pas si timide, je crierais même au génie comme tous les autres.

Je ne figerais pas. Je ne jouerais pas les blasées qui se retient de dire «t’es bon, on t’aime, j’aime ton travail…», parce que je n’aurais pas besoin de le lui dire : il est timide aussi. Entre timides, on se comprend. Sans mots. Sans ces mots, on pourrait discuter.

Si je n’étais pas timide, je rêverais de rencontrer Robert Lepage, et je n’aurais pas peur de gâcher mon rêve en raison de ma ti–mi-di-té.

Compote de pommes.


Coeur qui soupire

18 janvier 2008

J’ai le coeur en compote de pommes. Il est si triste que même le si gentil commentaire de Papistache n’arrive pas à raffermir sa consistance. Une compote liquide, qui se déverse… Le centre de doc est une véritable catastrophe.

«Réjouis-toi, Lalionne, au moins, tu as un centre de doc!»
Un cagibi, vous voulez dire?
Vous voulez rire!

60%, c’est petit. C’est la grandeur de mon appartement -que je trouve d’ailleurs déjà trop petit- mais rempli à craquer de livres.
Soupir.
Re-soupir.

Le mur érigé pour délimiter mon nouvel enclos dans le zoo a été surnommé «mur de la honte» par plusieurs de mes collègues.

Graffiti:
Lalionne was here, 2008

Mur des célébrités?
Mur de Berlin…

All in all…
«On» avait décidé de repeindre à l’intérieur du centre de doc : un mur. Faute de peinture en quantité suffisante, «on» a peint la moitié du haut seulement. Mi-figue, mi-raisin.

It’s just another
«On» devait mettre du tapis là où il en manquait : une bande en plein milieu du centre. Faute d’esprit esthétique, «on» a mis une bande d’un tapis différent. Bande à part.

brick
«On» devait poser les tablettes le mercredi. Faute de professionnalisme, «on» n’était toujours pas revenu les poser le vendredi. Pause-santé.

in the wall
«On» devait rétablir le système de chauffage. Faute de «on» tout court, «on» n’a pas rétabli la chaleur dans l’enclos de Lalionne. Morte de froid.

Ci-gît Lalionne, morte de froid
1978-2008

We don’t need no education…

Mur des lamentations, point final.