Le froid te saisit toujours comme une mauvaise nouvelle imprévue.
Au moment où tu réalises ce qui t’arrive, il est trop tard : tu as le souffle coupé et les jambes qui veulent céder.
Tu te ressaisis cependant en te disant qu’on a déjà vu pire.
N’empêche, tes yeux pleurent. (Mais ta morve gèle.)
Crisse qu’y fait frette.
Tu prends instinctivement la posture du marcheur solitaire qui rumine sa peine sur les trottoirs d’une ville indifférente : tête rentrée dans les épaules, visage crispé qui pointe vers le sol, mâchoire serrée, dos légèrement courbé.
Dès cet instant, mû par une volonté qui lui est propre, tout ton être ne convergera plus que vers un seul et unique objectif : retrouver, ne serait-ce qu’une seule minute, le confort de l’instant d’avant. Raison de vivre.
Tu te parles à voix haute, avec conviction, caressant l’espoir secret que tu conjureras ce mauvais sort qui s’abat : «câlice qu’y fait frette!»
Tes doigts deviennent aussi douloureux que s’ils avaient été cassés. Tu souffles dessus comme on donne un bisou à la blessure.
Tu subis la même chose aux orteils, alors tu les remues, puis les replies, orteils en position fœtale.
Tu ressens le picotement sur tes cuisses, dans tes cuisses, rapidement suivi d’une conviction profonde que des lames pénètrent ta chair.
Tu répètes ton mantra, en remarquant au passage que les Québécois doivent être très pieux pour prier ainsi à tous les matins de janvier : tabarnak!
Certainement leur mois le plus prolifique. Pour bien commencer l’année.
Ton souffle reste court et ton corps se met à trembler, en commençant par les jambes et les bras. Tu n’arrives à les maîtriser que jusqu’à ce que tout ton être remue sans pouvoir être contrôlé, comme si tu étais en transe.
Articuler devient ardu; penser, impossible.
Lorsqu’enfin tu parviens à retourner à l’intérieur, torpeur, tu t’attends à retrouver un semblant de bien-être. Tu es néanmoins vite déçu de ta propre naïveté : on ne revient jamais complètement indemne du champ de bataille, quel que soit le combat. (Calvaire.) Tout ce qui gèle doit dégeler, souvent dans des douleurs pires que les précédentes. L’assaut entraîne son lot de conséquences. Rien n’est fini, rien.
Tu parviendras à remiser cet événement quelque part dans ta mémoire…
Jusqu’au lendemain, alors que tu te diras : c’est encore vrai.
Température actuelle (avec le facteur éolien) : -31 °C
Je viens de ressentir les onglées de mon enfance et pourtant je suis installé à trente centimètres d’un radiateur, une tasse de chaud breuvage à portée.
Permettez Lalionne que je lise votre texte à mon Epouse-à-la-Buanderie et si vous m’y autorisiez je ferais derechef (car déjà je le fis) un appel du pied aux lecteurs des Papistacheries à venir visiter votre blog.
J’aime invariablement ce que vous écrivez et j’aime partager ce que je trouve bon.
Et mon dieu, ma petite-fille qui a choisi de naître sous vos latitudes. Heureusement sa Mamoune, depuis son salon trop chauffé, lui tricote force lainages et pelisses.
@Papistache: Votre commentaire me fait rougir de plaisir! Je garde toujours en réserve un breuvage chaud pour mon digne visiteur d’outre-mer.
Je suis certaine que Mamoune connaît déjà tous les secrets de la saine gestion des épaisseurs et des extrémités, pas?
(Onglées! Si j’avais su… j’aurais pu insulter ce mal par son nom!)