Ciel de février

Un ciel bleu Crayola 908, avec uniquement quelques nuages effilés, étirés… le peintre a oublié quelques endroits. Le soleil, enhardi par Février, s”amuse à faire des ombres chinoises sur l’écran blanc de la neige. Les arbres basculent en vagues successives, effectuant une danse folklorique en réponse au vent rageur.

Un beau dimanche.

Assise devant l’ordinateur de Monlion, observant par la fenêtre ce party naturel où l’Homme n’est invité qu’à titre d’observateur, je décroche aux trois mots : la branche du vieil arbre de la cour tente de battre son record à la corde à sauter.

Baisser les yeux, ne serait-ce qu’une seconde, descendre le regard d’un petit centimètre, et le retour sur terre serait fracassant. Horrifiant. Désolant.

Gâché, le paysage, par un homme que le Bon Dieu a dû oublier, ou laisser sur Terre pour permettre à plusieurs de gagner leur ciel.

Un ciel occulté par le cabanon, que le voisin a érigé si haut qu’il en dépasse sa maison. Un cabanon dont le deuxième étage est fenestré sur tous les côtés et sert de tour d’observation à son propriétaire pour épier les moindres gestes de l’entourage. Insatisfait de l’intérêt décroissant de ses voisins, il l’a ensuite transformé en phare : une lumière de Noël rouge  éclaire maintenant notre cuisine en permanence. Il veut que nous pensions qu’il s’agit d’une caméra.

Plus bas encore, la maison. Des objets ajoutés au fil du temps nous rappellent qu’il épie toujours, tout le temps, constamment.

Dans sa fenêtre (qui observe notre propre fenêtre), un carton sur lequel sont inscrites des injures, formulées à notre intention dans un mauvais français -ou dans un usage abusif de n’importe quelle langue. Partageant le même espace restreint, un sans-fil sur lequel il a inscrit «photos numériques» avec un feutre de mauvaise qualité doit théoriquement nous faire croire qu’il nous photographie grâce à sa ligne terrestre. Entre les deux, une autre lumière de Noël (jaune, cette fois), clignote nuit et jour dans notre cuisine.

Sur le mur extérieur, une fausse tête de chevreuil qui observe notre maison.

Sur son antenne, d’autres messages haineux, composés à partir de lettrage commercial.

Un triste décor, rappelant de tristes événements, rehaussé cet après-midi par une pelle traîneau qu’il a laissée sur son toît, n’ayant probablement pas eu le temps de terminer son travail cette nuit.

Parce que cet homme qui épie, qui injure, qui agresse, devrait être celui qu’on épie : profitant du système, il est l’heureux bénéficiaire d’une rente à vie de la CSST. Du coup, il construit et effectue l’entretien de sa maison la nuit, lorsque l’homme qui a la conscience tranquille dort sur ses deux oreilles.

Police, administration municipale, organismes gouvernementaux, tout a été tenté. Pourtant, il est toujours là et continue impunément à embêter ses voisins.

Comme tout le monde, au début, j’ai ri : quel homme sutpide!

Maintenant que nous ne sortons qu’à deux afin d’éviter de l’entendre frapper à sa fenêtre ou d’entendre les insultes qu’il nous crie du fond de sa cour, maintenant, je ne ris plus.

Maintenant que j’y pense, le ciel bleu crayola 908 est gris.

Mieux vaut changer de fenêtre ou regarder le décor imbécile de la télévision.

Une réponse vers «Ciel de février»

  1. Papistache dit :

    Doit-on comprendre que vous êtes cernée ?
    Quand j’étais enfant, je lisais une bande dessinée dans laquelle un héros de la police montée de votre pays réglait tous les problèmes. J’ai oublié son nom. Dommage je l’aurais appelé.

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