Voilà maintenant 3 semaines que Sonpére est parti, et presque autant que j’ai envahi ses pénates.
Étrange, tout de même, ce sentiment d’être encore un peu chez soi. Demeure différente, aménagement différent, environnement différent. 5 ans nous séparent de notre vie commune. Pourtant, ces couvertures que nous avions choisies ensemble, ces petits bas en tas que je retrouve ici et là, cette mocheté de meuble de télévision qui me fait autant rager lorsque qu’il faut dépoussiérer… J’ai le sentiment d’être ailleurs, mais de m’y retrouver un peu.
Sonpére a décidément une belle vie! J’utilise son bain, je dors dans son lit, je récupère son courrier, je salue ses voisins, je cuisine avec ses ustensiles, je fréquente ses restaurants…
Je lis ses livres.
Des livres partout.
Dans la chambre, le Mein Kampf d’Hitler se dispute le dessus de la pile avec La part de l’autre de Schmitt. Au bureau, Une histoire de la lecture discute avec le Saint Coran. Au salon, les dictionnaires tentent de déchiffrer leurs voisins Dongeons et Dragons, alors que les Cent ans de solitude argumentent avec les Fortune de France et le Comte de Monte-Cristo.
À la salle de bains, Le calepin d’un flâneur de Félix Leclerc côtoie Les maîtres de la stratégie. L’endroit étant ce qu’il est, je préfère flâner et lire ces pensées douces, parfois aigres (parfois les deux), mais toujours justes.
Flânons.
Leclerc a été louangé, admiré, et même chanté, il est tout de même pour moi une révélation. Je pourrais citer le livre entier, je pourrais le lire à répétition, je pourrais le réciter billet par billet : tous les passages s’appliquent à un moment de notre vie.
Flânons!
«Beaucoup qui ne sont qu’utiles se croient indispensables.»
Flânons encore un petit cinq minutes…
« Le lâche dit : “Le monde m’indiffère et je l’ignore.”
L’ambitieux dit : “Le monde est bête et je l’exploite.”
Le saint dit : “Le monde est malade et je le soigne.”
Le mauvais riche dit : “Le monde est en parfaite santé et je le bénis.”
L’idéaliste dit : “Le monde m’écoeure et je le fuis.”
L’arriviste dit : “Le monde est ainsi et je l’accepte.”
Le raté dit : “Le monde m’ennuie et je le hais.”
L’artiste dit : “Le monde s’ennuie et je le berce.”
Le révolté dit : “Le monde me fait mal et je le tue.”
Le savant dit : “Le monde est dieu et je le prouve.”
Le sage dit : “Le monde s’agite et je l’observe.”
Le Christ dit : “Le monde est ailleurs et je l’attends.” »
En ce moment, là, en pleine flânerie, je suis idéaliste.
Et vous?
Publié par Lalionne
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