Ex-il

25 avril 2008

Voilà maintenant 3 semaines que Sonpére est parti, et presque autant que j’ai envahi ses pénates.

Étrange, tout de même, ce sentiment d’être encore un peu chez soi. Demeure différente, aménagement différent, environnement différent. 5 ans nous séparent de notre vie commune. Pourtant, ces couvertures que nous avions choisies ensemble, ces petits bas en tas que je retrouve ici et là, cette mocheté de meuble de télévision qui me fait autant rager lorsque qu’il faut dépoussiérer… J’ai le sentiment d’être ailleurs, mais de m’y retrouver un peu.

Sonpére a décidément une belle vie! J’utilise son bain, je dors dans son lit, je récupère son courrier, je salue ses voisins, je cuisine avec ses ustensiles, je fréquente ses restaurants…

Je lis ses livres.

Des livres partout.

Dans la chambre, le Mein Kampf d’Hitler se dispute le dessus de la pile avec La part de l’autre de Schmitt. Au bureau, Une histoire de la lecture discute avec le Saint Coran. Au salon, les dictionnaires tentent de déchiffrer leurs voisins Dongeons et Dragons, alors que les Cent ans de solitude argumentent avec les Fortune de France et le Comte de Monte-Cristo.

À la salle de bains, Le calepin d’un flâneur de Félix Leclerc côtoie Les maîtres de la stratégie. L’endroit étant ce qu’il est, je préfère flâner et lire ces pensées douces, parfois aigres (parfois les deux), mais toujours justes.

Flânons.

Leclerc a été louangé, admiré, et même chanté, il est tout de même pour moi une révélation. Je pourrais citer le livre entier, je pourrais le lire à répétition, je pourrais le réciter billet par billet : tous les passages s’appliquent à un moment de notre vie.

Flânons!

«Beaucoup qui ne sont qu’utiles se croient indispensables.»

Flânons encore un petit cinq minutes…

« Le lâche dit : “Le monde m’indiffère et je l’ignore.”
L’ambitieux dit : “Le monde est bête et je l’exploite.”
Le saint dit : “Le monde est malade et je le soigne.”
Le mauvais riche dit : “Le monde est en parfaite santé et je le bénis.”
L’idéaliste dit : “Le monde m’écoeure et je le fuis.”
L’arriviste dit : “Le monde est ainsi et je l’accepte.”
Le raté dit : “Le monde m’ennuie et je le hais.”
L’artiste dit : “Le monde s’ennuie et je le berce.”
Le révolté dit : “Le monde me fait mal et je le tue.”
Le savant dit : “Le monde est dieu et je le prouve.”
Le sage dit : “Le monde s’agite et je l’observe.”
Le Christ dit : “Le monde est ailleurs et je l’attends.” »

En ce moment, là, en pleine flânerie, je suis idéaliste.

Et vous?


Jour de la Terre

22 avril 2008

Aujourd’hui, 22 avril, était le Jour de la Terre. Avez-vous fait un geste écolo? Y avez-vous même pensé?

Un animateur à la radio disait ce matin qu’il considérait cette journée comme le jour du mariage : le couple prépare cette journée pour qu’elle soit la plus belle de leur vie, alors qu’en fait, ce sont les petits gestes au quotidien qui comptent.

Un peu en accord, un peu en désaccord, je nage entre ces eaux troublantes.

C’est que, entre vous et moi, ceux qui n’en ont rien à cirer le reste de l’année s’en balançeront tout autant aujourd’hui. Je pense à mon voisin qui ne recylce rien, qui laisse tourner sa voiture lorsqu’il entre à l’épicerie et qui s’assure d’éteindre (par terre) sa cigarette à moins d’un mètre du cendrier… Que croyez-vous qu’il aurait répondu à mon commentaire sur le Jour de la Terre? En québécois: «Quossé tu veux qu’ça m’crisse?»

Or, à mon avis, ce sont donc principalement ceux qui s’en préoccupent déjà -ceux qui se questionnent déjà sur les possibilités d’améliorer leur comportement- qui ont dû faire un petit geste de plus que ceux qu’ils font au quotidien.

Comme quoi, le Jour de la Terre, ce n’est pas comme le jour du mariage, non, c’est plutôt comme les anniversaires subséquents…

P.S. Parlant écolo, une petite trouvaille fantastique! WishBuds, entreprise québécoise, offre un nouveau produit : des cartes de souhaits faites de matière recyclées et auxquelles on a ajouté des semences! Une fois la carte lue, on la fait tremper, on la sème… et elle devient une plante! Bravo!


Je me souviens

21 avril 2008
  • Je me souviens d’avoir lu hier un livre dont le titre est Je me souviens d’avoirs cherché oxymoron dans le dictionnaire.
  • Je me souviens du lit à 4 étages au chalet de ski de ma copine. J’avais celui du haut!
  • Je me souviens qu’en troisième du primaire, notre toilette a débordé, et que Marie, ma copine en visite, m’a dit que c’était peut-être un coeur de pomme qui obstruait le passage. Lorsque le plombier a plongé ses outils dans la toilette, il y a trouvé un coeur de pomme. J’ai trouvé Marie très intelligente d’avoir deviné que c’était un coeur de pomme.
  • Je me souviens que Sonpére laissait toujours ses pantalons, ses boxers et ses bas en tas au pied du lit, comme s’il voulait les enfiler au matin. Je me souviens qu’après 7 jours, il y avait 7 tas à mettre dans la lessiveuse.
  • Je me souviens d’avoir eu un coloc qui nous énervait, Boumba et moi, parce qu’au lieu de rincer son rasoir entre chaque séquence, il donnait des coups sur l’évier pour le vider. Il était infirmier. Il se levait à 6 heures du matin.
  • Je me souviens qu’en réponse à une question concernant les plantes, Ti-Brin m’a dit cette phrase célèbre : «Tout ce qui mange chie.»
  • Je me souviens du tourne-disque et du petit truc en plastique qu’on devait mettre au milieu lorsqu’on jouait un 45 tours.
  • Je me souviens que dans les années 80, Ramaman portait un foulard roulé et noué en bandeau-à-la-Rambo sur le front.
  • Je me souviens qu’en secondaire 3, j’ai prêté mes souliers à Julie parce qu’elle avait oublié les siens dans l’autobus en venant à l’école le matin. Le même jour, au retour de l’école, elle a oublié mes souliers dans l’autobus.
  • Je me souviens qu’à 5 ans, m’étant coupé la joue, j’avais une grosse cicatrice et que le médecin disait que j’aurais peut-être besoin d’une chirurgie plastique. Je le croyais.
  • Je me souviens que Boumba me disait que j’allais avoir une joue en plastique. Je le croyais.
  • Je me souviens que l’infirmière qui m’a recousu la joue avait le même prénom que moi, et que c’est ainsi que j’ai compris que nous ne changions pas de prénom devenus adultes.
  • Je me souviens de la bouteille-ouvre-bouteille de Miller.
  • Je me souviens d’avoir fait exploser une enveloppe de ketchup sur mes pantalons blancs, ainsi que sur ceux de Boumba, juste avant d’aller à la messe. J’ai été punie.
  • Je me souviens d’avoir voulu faire bouillir de l’eau et de m’être dit que le rond de la cuisinière ne savait pas ce qu’on y mettait, alors l’eau pouvait être chaude ou froide… le temps serait le même.
  • Je me souviens qu’en 1994, mon copain et moi avons pris «une pause» plutôt que de rompre. Il est maintenant marié et a deux enfants. La pause dure toujours.
  • Je me souviens des croque-oignons au McDonald’s.
  • Je me souviens que mon surnom était Bidule, et qu’à la fête du Canada, un clown répondant au nom de Bidule était venu me parler. J’ai pleuré.
  • Je me souviens des voiliers de 1984 et du poncho en plastique jaune du genre k-way que tout le monde avait.
  • Je me souviens qu’en quatrième année, ma prof s’appelait Carmelle et qu’elle était toujours fâchée. Elle m’avait engueulée parce que j’avais oublié mon Nouveau Testament, et m’avait prêté le sien «parce que la charité est chrétienne.»
  • Je me souviens d’avoir mâchouillé les lacets de mon gant de baseball. Ça goûte salé.