Tête de cochon

11 mars 2008

Tête de cochon. Voilà l’épithète accrochée inévitablement à cette famille.

Pas têtus, pas entêtés, pas ti-jos-connaissants. Non, assez têtes de cochon pour vous argumenter à vie sur le fait qu’ils ne sont PAS têtes de cochon.

 Il y a d’abord eu Grand-Maman-L.

Avant d’aller la visiter pour la première fois, on m’avait dit : «Ostine-la pas, c’est tout ce que je te conseille. C’est une ostie de tête de cochon»

Tête de cochon, Grand-Maman-L l’était tellement, qu’elle a fait un pied de nez à la vie en décidant de vivre jusqu’à 106 ans, question de rencontrer tous ses arrière-arrière-petits-enfants.

Tellement tête de cochon que le jour où les dirigeants de son hospice ont décidé de donner sa tâche de confection des tartes à une autre, elle s’est insurgée, la flamme à l’oeil malgré ses cataractes et le poing levé malgré le tremblement : «Alors quoi? Vous allez quand’même pas donner ma job à une tite jeune de 80 ans?»

Il lui ont redonné la tâche.

Puis, il y a eu sa fille, dite Mammie.

Avant ma première rencontre avec Mammie, devinez le conseil?

«Ostine-la pas, c’est tout ce que je te conseille. C’est une crisse de tête de cochon.»

Mammie, en bonne fille, a suivi sa vie durant les traces de Grand-Maman-L sur les voies de la tête-de-cochonceté, débattant avec tout le monde, même avec sa mère.

Puis, malade, les médecins lui ont annoncé qu’il ne lui restait que très peu de temps à vivre, des semaines tout au plus.

Pfft! Si le bon Dieu n’avait pas eu de pouvoir sur Grand-Maman-L, ce ne serait certainement pas des médecins (des jeunots!) qui dicteraient à Mammie quand elle devait mourir. Elle a donc envoyé promener les diagnostics (ainsi que les jeunots qui avaient eu le malheur de les prononcer) pour retourner chez elle.

La maladie, qui est peut-être la seule chose à être aussi tête de cochon que cette famille, a repris le dessus et renvoyé Mammie aux urgences.

(«La maladie, c’est tête de cochon en tabarnak.»)

Mammie a étiré, puis étiré… jusqu’à recevoir des doses de morphine propres à tuer un cheval.

Seulement, Mammie n’était pas un cheval, mais une tête de cochon.

Du coup, elle a étiré encore.

Puis un jour, son coeur s’est éteint. Il a cessé de battre.

Cette femme était tellement tête de cochon que je suis certaine qu’elle est allée au ciel pour botter le derrière de Saint Pierre en lui disant que ce n’était pas encore l’heure…

Car son coeur s’est mis à battre de nouveau.
Puis s’est arrêté.
(Pauvre Saint Pierre.)
Puis a repris.
Puis s’est arrêté.
(…)
Puis a repris.
Puis s’est arrêté définitivement…

Grand-Papa, fils de Mammie.
Ai-je réellement besoin de faire un dessin?

Haut gradés, enseignants à l’université et autres «voix de la vérité», ne vous surprenez pas de voir cette main se lever sans gêne
pour discuter la véracité de vos enseignements : Sonpére est allé à bonne école, celle de la génétique.

Soupir.
Dire que j’élève un enfant de cette lignée!

«Soupir. Et dire que cette lignée ne cesse de se reproduire!» — Saint Pierre

Mes hommages à cette famille à la tête de cochon, mais au coeur d’or;
Mes sincères condoléances à tous pour le départ récent de Mammie;
Mes plus humbles sympathies à Saint Pierre.