Du balcon de Monlion, on le voit qui prend ses aises, qui s’étend, qui persiste à descendre, qui observe d’un air indifférent les ponts qui le regardent de haut. Snobs…
Pendant la saison chaude, nous l’avons caressé de l’orteil, nous l’avons salué de nos ébats amoureux sous le Pont de Québec, nous nous sommes ébahis devant celui que mon Tipiti nomme déjà avec respect le Majestueux. «On peut aller voir le Majestueux avant de rentrer?»
Aussi nationaliste que nous, honni soit celui qui tente de le naviguer sans l’aide d’un indigène (pas indigène dans le sens d’accommodement raisonnable, là…)
Il partage le territoire en Rive-Sud et Rive-Nord, il module notre vocabulaire (on monte à Montréal, on descend dans le Bas-du-fleuve), il est partie intégrante de notre histoire : il les a vus débarquer, les a fait couler, perdre ou gagner les batailles. On l’a chanté, on l’a raconté, on l’a peint.
Ses riverains (60% des Québécois) le vénèrent et le craignent. Pour lui rendre hommage, on le navigue partout, on y observe ses baleines à Tadoussac, ses courses en canot à Québec, on affronte à Sept-Îles sa température glaciale pour pouvoir affirmer, au retour des vacances : «On s’est baignés dans Le Fleuve…»
On est-ti fiers de notre Majestueux!
Immuable, il est le personnage principal du Québec, il en est son premier citoyen, le plus important.
Néanmoins, il arrive que l’on oublie sa force, voire même sa présence. Et on gaffe. Certains s’y noient, car certains oublient la règle d’or, si bien exprimée par cette expression courante chez Monlion : «Don’t mess with le Majestueux.»
Don’t mess with le Majestueux, un point, c’est tout.
Publié par Lalionne