Laisse pas traîner ton fils

Les vacances sont aussi pour Tipiti!

Je le regarde aller sur sa bicyclette – monture qu’il vient d’apprendre à maîtriser - en me disant qu’il a plus que nous tous besoin de ces vacances. Dans cet ordre : une nouvelle maison pour maman, une année scolaire, un nouvel amoureux pour Maman, une nouvelle amoureuse pour Papa… en plus de continuer l’éternel apprentissage. Je connais certaines personnes adultes qui ont déjà «callé off» pour beaucoup moins…

Sensible Tipiti, émotif Tipiti, bavard Tipiti. Plusieurs me disent que je le couve, que je cède à ses caprices. Ils ont sûrement raison, en regard de leurs propres valeurs. Ils ont même parfois raison en regard des miennes. 

Voici justement une histoire où plusieurs nous ont dit, à Sonpére et à moi, que de l’écouter serait céder à son caprice… 

Tipiti a commencé l’école cette année, en anglais de surcroît. Lui qui était reconnu pour sa douceur («cet enfant deviendra un bouc-émissaire») est devenu en moins d’un mois la véritable terreur de la maternelle : «je vais te casser les jambes».

Ses dessins, toujours romanesques, avec des fleurs, des soleils et des maman-aux-cheveux-rouges qui donne la main à un tipiti-au-grand-sourire qui donne lui-même la main à un papa-au-sourire-plus-grand, étaient devenus des tipiti-au-visage-barbouillé et des maîtresses-je-vais-la-dessiner-fâchée.

Puis, il a commencé à faire des cauchemars, à pleurer et… à encore moins écouter à l’école. Mon fils était-il devenu un monstre?

Rencontre avec les enseignants, les psychologues, la directrice… Sonpére et moi ne savions plus à quel saint nous vouer. «Il faut lui laisser le temps de s’adapter.» «C’est normal, il apprend.»

NON! Pour nous, ce n’était pas normal! Qui sont-ils, ces spécialistes, pour dire que le cheminement est le même pour tous les enfants? Qui sont-ils pour affirmer que TOUS les enfants s’adaptent à un nouveau milieu, à un nouveau mode de vie? NE SONT-ILS PAS CEUX QUI, JUSTEMENT, SAVENT QUE TOUS LES ENFANTS SONT DIFFÉRENTS?

«Mon coeur veut écouter, mais ma tête ne veut pas», disait notre Tipiti.

Le pauvre enfant, encore plus déboussolé que ses parents, était dans un état lamentable : même ses parents ne semblaient plus l’écouter!

Nous l’avons pourtant écouté. Personne n’est plus au fait de la personnalité de l’enfant que SES PARENTS. Ses parents qui, avant même qu’il ne soit capable de parler, comprenaient ses désirs en observant ses mimiques ou en distinguant ses pleurs. Nous n’attendrions certainement pas qu’un miracle se produise simplement pour un privilège linguistique!

Nous avons finalement décidé de le changer d’école : Tipiti a commencé en français au mois de décembre. Il n’aura fallu que 3 jours à Sainte-Madame-Anne pour remettre notre Tipiti sur la bonne route : celle de l’histoire d’amour avec l’école.

La barrière de la langue. Pour un enfant bavard, il ne s’agit pas d’une barrière séparant deux terrains, mais d’un trou noir séparant deux univers distincts.

Tipiti est, comme il se doit à cet âge, tombé amoureux de son enseignante. Voilà qui était pour rassurer mon coeur de mère. La première femme, outre celles de la famille proche, à faire chavirer le coeur du petit garçon DOIT être sa maîtresse. C’est elle qui lui donnera le goût de quitter sa mère et son père pour se rendre à l’école à tous les matins… jusqu’à ce qu’il trouve une nouvelle motivation!

Notre enfant nous parlait, dans son langage encore enfantin. Des signes. Des signes aussi subtils qu’un coup de deux par quatre dans l’front. Ça fesse, ça sonne, mais il faut se relever…

Aurait-il fini par s’adapter? Serait-il redevenu l’enfant doux et câlin qu’il était? Je ne le saurai jamais. Ce que je sais, c’est que jamais je n’ai regretté notre décision. Jamais je n’ai été aussi heureuse d’avoir «cédé aux caprices» de mon enfant de 5 ans.

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