On s’habitue aux fins du monde

22 juillet 2007

Ma lecture du moment : On s’habitue aux fins du monde, de Martin Page.

(Mon premier Page, je l’ai volé dans la bibliothèque de Jack, son livre Comment je suis devenu stupide m’ayant crié de le délivrer. Je l’ai surligné, je lui ai plié les coins, je l’ai lu, relu, prêté, recommandé. Bref, je l’ai fait vivre. Une fois l’amitié bien établie, il m’a dit : «Tu sais, j’ai un autre frère…» Frère que j’ai aimé aussi, et qui m’a présenté le cadet, les fins du monde.)

Je vous recommande évidemment Page… Mais ce n’est pas vraiment de lui que je voulais vous parler.

Quand Tipiti était tout petit, quand Tipiti pleurait, Sonpére le prenait tendrement dans ses bras, le berçait doucement en marchant, et d’une voix aussi larmoyante que celle de sa progéniture, devenait un homme orchestre. Il ajustait le balancement de ses bras au doux rythme de ses pas, et chantait d’une voix cadencée :

 «C’est la fin du monde (pause)
Tout l’monde va mourir» –Sonpére

Cette technique avait la plupart du temps l’effet escompté : Tipiti s’endormait dans les bras de Sonpére. Souriant, Sonpére terminait sur un regard triomphal :

«Bon! C’est pas tout ça, mais je vais aller serrer le bébé dans son lit…» — Sonpére

Tipiti a grandi. Maintenant, il pleure sur demande, la sienne. Dans un langage commun, «il fake». Nous le connaissons, notre Tipiti : nous savons la plupart du temps distinguer les vrais pleurs des larmes de crocodile. Plus son hurlement est fort, moins il a mal!

Bref, lorsque nous sommes en public et que notre Tipiti nous fait sa grande scène du II pour cause de blessure mineure, nous n’accourons pas aussi vite que les inconnus auprès de cet enfant en état de catastrophe avancée. Regards réprobateurs, mais quels parents négligents!

C’est que, vous savez, après six ans, on s’habitue aux fins du monde.

(Parfois, j’aurais envie d’utiliser la vieille technique de Sonpére pour pouvoir aller serrer le bébé dans son lit…)