Private: Vers le Sud?

Dany Laferrière a publié en 2006 un roman intitulé Vers le sud. Inconditionnelle de cet auteur mordant au sens de l’humour acéré et pragmatique, je ne comprenais pas l’idée derrière un tel sujet. N’est-ce pas réchauffé?

Dubitative, je ne me suis jamais procuré le bouquin. Des nord-américaines qui s’émeuvent devant les corps exotiques masculins indigènes. Des femmes mariées et mères de famille en leur propre pays, qui deviennent en cette saleté de pays éloigné folles d’amour à la simple parole d’un serveur de l’hôtel- formule-tout-inclus, où elles se pavanent en riches héritières qui se targuent d’offrir un bon pourboire… N’est-ce pas là un sujet idiot, désuet, ennuyant?

Et puis, Lafolie s’est embarquée pour Cuba, avec sa Maman et sa fillette de 2 ans. Son objectif, louable en soi, était de se reposer et de faire le plein d’énergie après une année de dur labeur maternel bis.

Lafolie, dont le mariage malheureux bat de l’aile depuis un moment (un mariage malheureux qui bat de l’aile… est-ce à dire qu’il devient heureux malgré lui, malgré eux?), s’est évidemment laissée embarquer dans les mots d’amour du beau serveur exotique. I love you, I love you too. Facile à dire, lorsque ni l’un ni l’autre ne parle la langue de sa conquête et que les dialogues se passent dans une troisième langue peu maîtrisée de toutes parts!

I love you, I love you too. Can I have another Margarita? Yes, I love you. I love you too!

À tant se le faire dire, alors qu’en sa propre maison elle ne l’entend jamais, Lafolie a fini par y croire. Tout comme sa mère à elle. Lafolie bis. Bis, la folie.

Déjà, la formule tout inclus me fout le cafard. Or, quand le tout inclus inclut le serveur exotique (I love you), ça me fait vomir. Pas que je sois pudibonde ou à cheval sur mes grands principes, simplement que la bêtise humaine me rend malade. Ces femmes sont-elles sottes à ce point (I love you too)?

Je suis tombée par hasard sur un blogue, les Échos de Valcair, qui n’était pas sans rappeler ma propre ligne de pensée :

«J’ai eu un peu de mal devant ces femmes affalées sur la plage, devant les signes de leur absolue domination économique assumée sans la moindre gêne, devant les discours crus et directs de ces consommatrices de sexualité dans un rapport plus qu’à demi-marchandisé. Mais ce rapport sexuel est aussi un rapport amoureux, une immense demande amoureuse, presque effrayante dans sa violence, à la mesure de la solitude et du désarroi de ces femmes. C’est par là que ce commerce prend sa force et même sa noblesse, loin de la vision seulement et uniquement mortifère qu’en donne Houellebecq.»

Can I have your address? I love you!
Valcair a raison. Ces femmes ne sont pas sottes, elles ont un désespérant besoin d’amour. I love you too! Alors qu’ici elles utilisent leurs charmes pour séduire des hommes de pouvoir, elles utilisent là-bas leur pouvoir pour être séduites par les charmes des hommes.

La formule tout inclus inclut habituellement la phrase suivante : «Ce qui se passe à Cuba reste à Cuba.» (Je me demande si cette affirmation est d’usage international?) Croyez-vous que ce qui s’est passé à Cuba est demeuré à Cuba? Meuh non! Vous devinez que Lafolie a donné son adresse (la mienne, en fait) à ce serveur tout inclus. Il m’aime (Il a dit I love you!), je l’aime! Je veux l’épouser!

Et Lafolie de mettre son mariage à la poubelle, les fleurs du tapis itou, question de ne pas s’y enfarger. I love you! 4 vies chamboulées pour une saleté de voyage de repos dans le Sud et un satané serveur exotique inclus qui doit certainement se nommer Juan.

Formule tout inclus. Bordel familial aussi.

I love you too.

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