Petit traité de la brosse au sucre,
Ou,
Le Pays des Merveilles [YouTube, 3:00]

Vendredi pm, je vais chercher la star du jour. Parmi les enfants qui s’éclatent dans la cour d’école, j’ai de la difficulté à reconnaître le mien : barbouillé de la tête aux pieds, il a le visage noir et bleu. Il a l’air d’un ramoneur, mais il est «Un NINJA, Maman.» Déjà en état d’ébriété avancée de glucose, il pénètre dans ma voiture :
Maman, si je suis énervé, c’est parce que c’est ma fête. — Tipiti
Craignez ma parole.
Me voilà avisée. C’est un drôle de Tipiti que je ramène à la maison, car en une seule journée, il semble être passé du bébé à l’enfant. D’emblée, me montrant son âge de ses petites mains, il me dit:
Maintenant, je suis un grand. J’ai besoin de mes deux mains. — Tipiti
Parole d’ivrogne.
Et puis, alors que j’essaie de ma plus belle voix (1/10, la voix) d’enterrer Peter Gabriel, Tipiti m’enterre deux fois plus :
Arrête de faire ta célèbre, Madame. — Tipiti
Laissez venir à moi les petits enfants, car le Royaume des cieux leur appartient.
Arrivés à la maison, inutile de cuisiner : le gâteau!, le gâteau! (Note à moi-même : manger du gâteau avant le souper gâche inévitablement le souper. «Ah pis, on s’en fiche, Maman… C’est la fiestaaaaa!»)
Les invités s’invitent comme Alice s’assied chez les fous, dialogues inclus. Un joyeux non-anniversaire! [YouTube, 0:49]
– Je veux une tasse propre, interrompit le Chapelier. Avançons tous d’une place. »
Il avança tout en parlant, et le Loir le suivit. Le Lièvre de Mars prit la place que le Loir venait de quitter, et Alice, un peu à contrecœur, prit la place du Lièvre de Mars. Le Chapelier fut le seul à profiter du changement ; Alice se trouva bien plus mal installée qu’auparavant parce que le Lièvre de Mars venait de renverser la jatte de lait dans son assiette.
Alice au Pays des merveilles / Lewis Caroll (1865).
(Lisez ou relisez sur Wikisource le dialogue du chapitre VII : Un thé chez les fous. C’est toujours aussi marrant!)
La gent enfantine prend donc possession des lieux :
- Thing-Thing, 2 ans et demi
- No-Mi, 4 ans et 3 jours
- Chou, 5 ans et demi
- Tipiti, 6 ans pile
- Sa, 8 ans et demi
- La-Grande-Catherine, 9 ans

Chante, souffle les bougies… et c’est la dérape. 6 paires de mains (plus une-demi-mienne, je l’avoue) se déposent sur le gâteau en même temps. Spider-Man, sur son trône de sucre, a maintenant une drôle de tronche. Il a plutôt l’air d’un Louis XVI sur l’échafaud. «Qu’on lui coupe la tête», de dire sans coeur la Reine de coeur.
Spider-Man souffre, les spectateurs chantent : «hip-hip-hip… hourra!»
Véritables bourreaux, les gamins lèvent la main pour une première part de gâteau. Et puis, à l’instar des romains, les adultes lèvent aussi la main contre Spider-Man : «Du pain et des jeux!» Tous, ils n’ont qu’un seul mot : encore!, encore! Ils n’ont qu’un seul cri : le sucre, d’abord!
Spider-Man souffre. Spider-Man souffle : «Eloi, Eloi, Lama Sabachthani?»
Enfin enivrés, les enfants lèguent la descente de croix du martyre aux bons soins de la Marie-Madeleine du gâteau : Ramaman et ses linceuls de tupperware. Cuisine : zone sinistrée.
L’alarme a sonné. À vos tranchées, La Der des Ders va commencer. Les soldats s’équipent, font le plein de munition et écrivent leurs dernières volontés : «Mais moi, Ze veux du lait!»
Publié par Lalionne