Au clair de la lune

9 juin 2008

L’envie d’écrire me surprend comme l’envie de fumer, sauf que l’envie de fumer est plus forte. Alors je parle à la lune au lieu de parler à mon clavier. (Je devrais peut-être arrêter de fumer.)

(fumage 101 pour non-fumeurs)

(Aspire) Elle a l’air d’un croissant au beurre;
(Expire) Il y a peu, elle était ronde, femme enceinte de bonheur.

(Aspire) Courte inspiration, passe une idée; 
(Expire) Dans un souffle, elle s’envole en fumée. 

(Aspire) Le voisin a sorti son équipement;
(Expire) Ses plantes tournoient joyeusement.

(Et ainsi de suite, vous n’êtes pas des caves!)
La p’tite No-Mi jolie a quitté pour la banlieue;
Remplacée par une dame voilée fuyant notre bonjour comme notre Dieu. 

Boumba promène son fier-toutou;
Boumbette, la jambe dans une botte-attelle, itou.

Ramama doit certainement dormir;
Car Tipiti, dans son sommeil, soupire.

J’aurais envie de mettre une boîte à fleurs sur la rambarde.
Beau projet.

(Éteindre la cigarette)

Et la lune poursuit son régime bipolaire au rythme de la vie qui suit son cours.

Bonjour à vous tous! Je me suis ennuyée!

 

 

 


Ex-il

25 avril 2008

Voilà maintenant 3 semaines que Sonpére est parti, et presque autant que j’ai envahi ses pénates.

Étrange, tout de même, ce sentiment d’être encore un peu chez soi. Demeure différente, aménagement différent, environnement différent. 5 ans nous séparent de notre vie commune. Pourtant, ces couvertures que nous avions choisies ensemble, ces petits bas en tas que je retrouve ici et là, cette mocheté de meuble de télévision qui me fait autant rager lorsque qu’il faut dépoussiérer… J’ai le sentiment d’être ailleurs, mais de m’y retrouver un peu.

Sonpére a décidément une belle vie! J’utilise son bain, je dors dans son lit, je récupère son courrier, je salue ses voisins, je cuisine avec ses ustensiles, je fréquente ses restaurants…

Je lis ses livres.

Des livres partout.

Dans la chambre, le Mein Kampf d’Hitler se dispute le dessus de la pile avec La part de l’autre de Schmitt. Au bureau, Une histoire de la lecture discute avec le Saint Coran. Au salon, les dictionnaires tentent de déchiffrer leurs voisins Dongeons et Dragons, alors que les Cent ans de solitude argumentent avec les Fortune de France et le Comte de Monte-Cristo.

À la salle de bains, Le calepin d’un flâneur de Félix Leclerc côtoie Les maîtres de la stratégie. L’endroit étant ce qu’il est, je préfère flâner et lire ces pensées douces, parfois aigres (parfois les deux), mais toujours justes.

Flânons.

Leclerc a été louangé, admiré, et même chanté, il est tout de même pour moi une révélation. Je pourrais citer le livre entier, je pourrais le lire à répétition, je pourrais le réciter billet par billet : tous les passages s’appliquent à un moment de notre vie.

Flânons!

«Beaucoup qui ne sont qu’utiles se croient indispensables.»

Flânons encore un petit cinq minutes…

« Le lâche dit : “Le monde m’indiffère et je l’ignore.”
L’ambitieux dit : “Le monde est bête et je l’exploite.”
Le saint dit : “Le monde est malade et je le soigne.”
Le mauvais riche dit : “Le monde est en parfaite santé et je le bénis.”
L’idéaliste dit : “Le monde m’écoeure et je le fuis.”
L’arriviste dit : “Le monde est ainsi et je l’accepte.”
Le raté dit : “Le monde m’ennuie et je le hais.”
L’artiste dit : “Le monde s’ennuie et je le berce.”
Le révolté dit : “Le monde me fait mal et je le tue.”
Le savant dit : “Le monde est dieu et je le prouve.”
Le sage dit : “Le monde s’agite et je l’observe.”
Le Christ dit : “Le monde est ailleurs et je l’attends.” »

En ce moment, là, en pleine flânerie, je suis idéaliste.

Et vous?


Jour de la Terre

22 avril 2008

Aujourd’hui, 22 avril, était le Jour de la Terre. Avez-vous fait un geste écolo? Y avez-vous même pensé?

Un animateur à la radio disait ce matin qu’il considérait cette journée comme le jour du mariage : le couple prépare cette journée pour qu’elle soit la plus belle de leur vie, alors qu’en fait, ce sont les petits gestes au quotidien qui comptent.

Un peu en accord, un peu en désaccord, je nage entre ces eaux troublantes.

C’est que, entre vous et moi, ceux qui n’en ont rien à cirer le reste de l’année s’en balançeront tout autant aujourd’hui. Je pense à mon voisin qui ne recylce rien, qui laisse tourner sa voiture lorsqu’il entre à l’épicerie et qui s’assure d’éteindre (par terre) sa cigarette à moins d’un mètre du cendrier… Que croyez-vous qu’il aurait répondu à mon commentaire sur le Jour de la Terre? En québécois: «Quossé tu veux qu’ça m’crisse?»

Or, à mon avis, ce sont donc principalement ceux qui s’en préoccupent déjà -ceux qui se questionnent déjà sur les possibilités d’améliorer leur comportement- qui ont dû faire un petit geste de plus que ceux qu’ils font au quotidien.

Comme quoi, le Jour de la Terre, ce n’est pas comme le jour du mariage, non, c’est plutôt comme les anniversaires subséquents…

P.S. Parlant écolo, une petite trouvaille fantastique! WishBuds, entreprise québécoise, offre un nouveau produit : des cartes de souhaits faites de matière recyclées et auxquelles on a ajouté des semences! Une fois la carte lue, on la fait tremper, on la sème… et elle devient une plante! Bravo!


Je me souviens

21 avril 2008
  • Je me souviens d’avoir lu hier un livre dont le titre est Je me souviens d’avoirs cherché oxymoron dans le dictionnaire.
  • Je me souviens du lit à 4 étages au chalet de ski de ma copine. J’avais celui du haut!
  • Je me souviens qu’en troisième du primaire, notre toilette a débordé, et que Marie, ma copine en visite, m’a dit que c’était peut-être un coeur de pomme qui obstruait le passage. Lorsque le plombier a plongé ses outils dans la toilette, il y a trouvé un coeur de pomme. J’ai trouvé Marie très intelligente d’avoir deviné que c’était un coeur de pomme.
  • Je me souviens que Sonpére laissait toujours ses pantalons, ses boxers et ses bas en tas au pied du lit, comme s’il voulait les enfiler au matin. Je me souviens qu’après 7 jours, il y avait 7 tas à mettre dans la lessiveuse.
  • Je me souviens d’avoir eu un coloc qui nous énervait, Boumba et moi, parce qu’au lieu de rincer son rasoir entre chaque séquence, il donnait des coups sur l’évier pour le vider. Il était infirmier. Il se levait à 6 heures du matin.
  • Je me souviens qu’en réponse à une question concernant les plantes, Ti-Brin m’a dit cette phrase célèbre : «Tout ce qui mange chie.»
  • Je me souviens du tourne-disque et du petit truc en plastique qu’on devait mettre au milieu lorsqu’on jouait un 45 tours.
  • Je me souviens que dans les années 80, Ramaman portait un foulard roulé et noué en bandeau-à-la-Rambo sur le front.
  • Je me souviens qu’en secondaire 3, j’ai prêté mes souliers à Julie parce qu’elle avait oublié les siens dans l’autobus en venant à l’école le matin. Le même jour, au retour de l’école, elle a oublié mes souliers dans l’autobus.
  • Je me souviens qu’à 5 ans, m’étant coupé la joue, j’avais une grosse cicatrice et que le médecin disait que j’aurais peut-être besoin d’une chirurgie plastique. Je le croyais.
  • Je me souviens que Boumba me disait que j’allais avoir une joue en plastique. Je le croyais.
  • Je me souviens que l’infirmière qui m’a recousu la joue avait le même prénom que moi, et que c’est ainsi que j’ai compris que nous ne changions pas de prénom devenus adultes.
  • Je me souviens de la bouteille-ouvre-bouteille de Miller.
  • Je me souviens d’avoir fait exploser une enveloppe de ketchup sur mes pantalons blancs, ainsi que sur ceux de Boumba, juste avant d’aller à la messe. J’ai été punie.
  • Je me souviens d’avoir voulu faire bouillir de l’eau et de m’être dit que le rond de la cuisinière ne savait pas ce qu’on y mettait, alors l’eau pouvait être chaude ou froide… le temps serait le même.
  • Je me souviens qu’en 1994, mon copain et moi avons pris «une pause» plutôt que de rompre. Il est maintenant marié et a deux enfants. La pause dure toujours.
  • Je me souviens des croque-oignons au McDonald’s.
  • Je me souviens que mon surnom était Bidule, et qu’à la fête du Canada, un clown répondant au nom de Bidule était venu me parler. J’ai pleuré.
  • Je me souviens des voiliers de 1984 et du poncho en plastique jaune du genre k-way que tout le monde avait.
  • Je me souviens qu’en quatrième année, ma prof s’appelait Carmelle et qu’elle était toujours fâchée. Elle m’avait engueulée parce que j’avais oublié mon Nouveau Testament, et m’avait prêté le sien «parce que la charité est chrétienne.»
  • Je me souviens d’avoir mâchouillé les lacets de mon gant de baseball. Ça goûte salé.

Réponse à Tilu

13 mars 2008
«Il a bien raison de s’exprimer…. on lui demande son avis ,il le donne…. enseignement religieux? c’est obligatoire chez vous? ou alors tipiti est dans une école privée?» — Tilu

Chère Tilu, d’une part, laissez-moi répondre à vos questions.

Le Québec est jeune. Comme vous le savez certainement, la ville de Québec, le berceau de l’Amérique française, fête cette année son 400e anniversaire. 400 ans, c’est très jeune! Et, par ailleurs, cette province relève du Canada et de sa constitution.

Ce n’est donc qu’à partir de1997, année de l’abolition d’un article à la Consitution canadienne, que le gouvernement du Québec a pu déconfessionnaliser les écoles. ( Je vous propose à cet effet de lire la page suivante, qui est fort intéressante : confessionnalité et laïcité dans l’histoire du Québec.) Du coup, certes, nous sommes arriérés!

(Et ce n’est qu’à partir de la prochaine année scolaire que l’enseignement religieux sera retiré du programme d’enseignement…)

D’autre part, je dois avouer que j’avais oublié qu’une enseignante faisait partie de mes lecteurs. OUPS!

Alors, ma chère enseignante, soyez assurée que je ne mets nullement en doute le jugement de l’enseignant d’éducation physique (ni celui de n’importe quel autre enseignant), qui ne peut qu’évaluer ce qu’il voit EN CLASSE de la compétence de l’enfant -et je cite- à «se donner les moyens pour adopter un mode de vie sain et actif.»

Toutefois, dans le cas présent, j’étais d’accord avec Tipiti.

D’accord, car il est cet enfant que vous souhaitez ne jamais rencontrer au supermarché si vous avez eu le malheur de céder au sac de croustilles : parfait inconnu, il vous dira tout de même que ce n’est pas bon pour votre santé, car ces trucs graisseux boucheront vos tuyaux.

D’accord, car depuis tout petit, il évalue l’apport nutritif de chaque aliment que l’on met dans son panier : celui-ci a trop de gras, celui-là a trop de sucre. «Maman, est-ce qu’il y a du sucre dans ces pâtes?» À une certaine période, cela en était pratiquement devenu une maladie, et Sonpére et moi avons dû lui calmer les ardeurs par peur qu’il n’ose plus rien manger!

D’accord, car il fait partie de ces enfants bizarres qui préfèrent une tomate ou un coeur de palmier à un biscuit comme dessert; qui n’aiment ni la gomme, ni les boissons gazeuses; qui salivent devant le saumon fumé et les comptoirs à sushis et crachent sur la poutine. (vous connaissez la poutine?)

D’accord, car il est actif, il pratique son sport avec passion, et a à coeur de demeurer en santé…

Et enfin, tout comme vous, d’accord sur le fait que lorsque l’on nous donne le droit de nous exprimer, il faut le prendre!


Oh yoy que ouiiii!

12 mars 2008

Je suis bel et bien la mère d’un enfant de cette lignée . S’il m’arrivait encore d’en douter par souci de justice envers un garçon de 6 ans qui fait ses débuts dans la société, il m’a prouvé ce soir qu’il en était. Une saleté de tête de cochon.

Tipiti a reçu aujourd’hui le bulletin pour la deuxième étape.

Comme à la première :
Mathématiques et sciences? Excellent.
Français? Excellent.
Anglais? Excellent.
Musique? Plus qu’excellent.

Enseignement religieux?
Très bien, mais il faut dire que son commentaire à l’enseignante a certainement influencé le résultat. (Madame, si Jésus vivait sur la Terre et que c’est lui-même qui a créé la Terre… comment il a fait? «Mais, mon enfant, c’est son père, Dieu, qui a créé la Terre.» Mais alors, pourquoi ils ont dit à l’émission Découverte que la Terre avait été créée par le choc entre des caillous dans le ciel, ce qui a créé de la chaleur, et un noyau et tout?)

Arts plastiques? Correct. Bon, il n’y a qu’à voir la rapidité avec laquelle il expédie ses travaux d’arts pour ne pas être surprise.

Éducation physique, volet vie saine? Très ordinaire.

« QUOI???? Mais je suis très bon en éducation physique. Et puis, je fais du patin de vitesse, je mange jamais de bonbons et je surveille mes calorifères sur la bicyclette! C’est pas juste! »

Outragé. Offensé.

Après en avoir fait la lecture, les enfants sont invités par les enseignants à écrire leur appréciation du bulletin. Je retranscris ici, en intégral, le commentaire de ma saleté de tête de cochon de fils :

«Je trouve ça Formidable. Je ne suis pas d’accord avec ma note en éducation physique» Point gros comme la ligne, signature.

Et voilà! Première année primaire, et il monte déjà aux barricades pour faire valoir ses droits.

(C’est Sonpére qui doit être fier…
Comme SaMére, qui est encore plus fière que s’il n’avait obtenu une note excellente.)


Tête de cochon

11 mars 2008

Tête de cochon. Voilà l’épithète accrochée inévitablement à cette famille.

Pas têtus, pas entêtés, pas ti-jos-connaissants. Non, assez têtes de cochon pour vous argumenter à vie sur le fait qu’ils ne sont PAS têtes de cochon.

 Il y a d’abord eu Grand-Maman-L.

Avant d’aller la visiter pour la première fois, on m’avait dit : «Ostine-la pas, c’est tout ce que je te conseille. C’est une ostie de tête de cochon»

Tête de cochon, Grand-Maman-L l’était tellement, qu’elle a fait un pied de nez à la vie en décidant de vivre jusqu’à 106 ans, question de rencontrer tous ses arrière-arrière-petits-enfants.

Tellement tête de cochon que le jour où les dirigeants de son hospice ont décidé de donner sa tâche de confection des tartes à une autre, elle s’est insurgée, la flamme à l’oeil malgré ses cataractes et le poing levé malgré le tremblement : «Alors quoi? Vous allez quand’même pas donner ma job à une tite jeune de 80 ans?»

Il lui ont redonné la tâche.

Puis, il y a eu sa fille, dite Mammie.

Avant ma première rencontre avec Mammie, devinez le conseil?

«Ostine-la pas, c’est tout ce que je te conseille. C’est une crisse de tête de cochon.»

Mammie, en bonne fille, a suivi sa vie durant les traces de Grand-Maman-L sur les voies de la tête-de-cochonceté, débattant avec tout le monde, même avec sa mère.

Puis, malade, les médecins lui ont annoncé qu’il ne lui restait que très peu de temps à vivre, des semaines tout au plus.

Pfft! Si le bon Dieu n’avait pas eu de pouvoir sur Grand-Maman-L, ce ne serait certainement pas des médecins (des jeunots!) qui dicteraient à Mammie quand elle devait mourir. Elle a donc envoyé promener les diagnostics (ainsi que les jeunots qui avaient eu le malheur de les prononcer) pour retourner chez elle.

La maladie, qui est peut-être la seule chose à être aussi tête de cochon que cette famille, a repris le dessus et renvoyé Mammie aux urgences.

(«La maladie, c’est tête de cochon en tabarnak.»)

Mammie a étiré, puis étiré… jusqu’à recevoir des doses de morphine propres à tuer un cheval.

Seulement, Mammie n’était pas un cheval, mais une tête de cochon.

Du coup, elle a étiré encore.

Puis un jour, son coeur s’est éteint. Il a cessé de battre.

Cette femme était tellement tête de cochon que je suis certaine qu’elle est allée au ciel pour botter le derrière de Saint Pierre en lui disant que ce n’était pas encore l’heure…

Car son coeur s’est mis à battre de nouveau.
Puis s’est arrêté.
(Pauvre Saint Pierre.)
Puis a repris.
Puis s’est arrêté.
(…)
Puis a repris.
Puis s’est arrêté définitivement…

Grand-Papa, fils de Mammie.
Ai-je réellement besoin de faire un dessin?

Haut gradés, enseignants à l’université et autres «voix de la vérité», ne vous surprenez pas de voir cette main se lever sans gêne
pour discuter la véracité de vos enseignements : Sonpére est allé à bonne école, celle de la génétique.

Soupir.
Dire que j’élève un enfant de cette lignée!

«Soupir. Et dire que cette lignée ne cesse de se reproduire!» — Saint Pierre

Mes hommages à cette famille à la tête de cochon, mais au coeur d’or;
Mes sincères condoléances à tous pour le départ récent de Mammie;
Mes plus humbles sympathies à Saint Pierre.


Le printemps? Présent!

10 mars 2008

Le soleil a pris son angle, il m’illumine. Malgré la neige qui ne cesse de tomber, et tomber, et tomber encore, je me sens toujours spring.

Plusieurs me disent que le printemps n’est pas encore là, tempêtes de neige répétitives, records provinciaux, centimètres et prévisions météo à l’appui.

 À eux, je réponds toujours de la même façon :

- En mai, diras-tu que c’est le printemps?
- Mais, euh, oui!
- Et s’il neige en mai, diras-tu que l’hiver est de retour?
- Mais, euh, non!
- Alors le printemps est arrivé. Soleil à l’appui.

Toute cette introduction pour ne rien dire et amener un sujet autre…

J’écris! J’ai recommencé à écrire!

Cahier-rouge-donné-par-Monlion à l’appui.


Remords

27 février 2008

Quels sont les sujets qui vous poussent inévitablement aux remords?

Pour ma part, parmi plusieurs, un sujet très sensible : Mon père. Non pas «Sonpére», mais «mon père»,  celui que je n’ai d’ailleurs jamais nommé ainsi.

Voilà bientôt 2 ans que je ne l’ai pas vu. Il n’est pas si loin, 3 heures de voiture tout au plus, et pourtant, je ne le vois jamais.

Oh! Il me parle parfois sur la messagerie instantanée, pour me dire dans quel pays il se trouve «par affaires»… Mais la relation père-fille, oublions ça. Lorsqu’il m’écrit, je coupe court, je fuis.

Je ne sais pas comment lui dire que je ne veux pas lui parler, que je n’en ai même pas envie. (En vie.) Remords.

Je n’ai jamais su lui dire que je lui en voulais. Que je lui en veux encore.Que j’ai faim, j’ai toujours faim, à cause de lui. Je n’ai pas su lui dire que je n’ai pas oublié ces jours où je mangeais les restes des assiettes des autres, vos assiettes, faute de mieux.

Je n’ai pas oublié mes mensonges aux autres pour le protéger, lui. Pour ne pas dire qu’il nous laissait sans bouffe pendant des semaines, pour ne pas dire que je détestais croquer vos maudits coeurs de pomme pour survivre.

Meuh non, Naphtaline, Natashquan, Merveille, je n’étais pas une passionnée des coeurs de pomme! J’étais seulement affamée…

boum-boum, boum-boum. Coeur de pomme en reste.

J’ai faim, j’ai toujours faim. J’ai peur d’en manquer.

J’ai parfois si peur d’en manquer, que je me prive pendant quelques jours.

Ne pas oublier la faim. Ne jamais oublier la faim. Si tu n’as pas de quoi manger, mords dans la vie, cela te nourrira l’esprit.

Toutefois, dites-moi, comment fait-on pour pardonner, lorsque l’on ne peut en parler? En parler! Il est si fier de dire que Boumba et moi sommes débrouillards. Il voit cette période comme une belle leçon de vie!

Re-mords dans la vie.
Vous voyez où je veux en venir? Comment pardonner à quelqu’un qui ne désire pas être pardonné, pour cause de relativité d’opinion sur la question?

Du coup, je l’évite.

Et je vis.

Remords inclus.


Conte à Poisson

24 février 2008

Il y a longtemps que je n’avais parlé de Poisson. (Lui-même me faisait part de cette observation, lorsque je lui ai parlé cette semaine!) Le lendemain, il m’a écrit, me disant regretter de souvent choisir dans ses amours la belle ou la gentille au détriment de la sensée…

Voici ma réponse à Poisson.

Il était une fois un sultan qui vivait dans un royaume de rêve, se complaisant auprès de ses compagnes.

Parmi elles, il en préférait deux.

L’une d’elles, bien que belle, était surtout très gentille. Avec elle, il se sentait apprécié, sans jamais en connaître la raison réelle. «Elle m’aime parce qu’elle est gentille», se disait-il. Cette gentille compagne le flattait, l’admirait et le rassurait.

Gentille avait pour habitude de lui apporter des chocolats. À chaque fois, il la remerciait, prenait la boîte et quittait la pièce. À chaque fois, lorsqu’elle retrouvait son amant, Gentille voyait la boîte vide, gisant parmi les autres débris que la vie quotidienne apporte. Que faisait le sultan de ses chocolat? Les aimait-il au point d’aller les déguster en privé?

Un jour, après lui avoir offert ses chocolats, Gentille décida de suivre le sultan pour connaître la vérité au sujet de ses présents. Elle le suivit jusqu’à la chambre de la deuxième compagne, celle qu’on appelait Belle.

Ce qu’elle y vit la chagrina : le sultan, doucereux, offrait ses chocolats à Belle. Elle comprit alors que le sultan avait l’habitude d’aller retouver Belle à chaque jour d’offrande, pour lui faire don de ses chocolats. Gentille entra dans une colère terrible et alla se réfugier dans sa propre chambre.

Belle, de son côté, comprenant enfin d’où provenaient les chocolats (il faut dire qu’elle n’était pas vite, vite!), ordonna au sultan de quitter la pièce, puis s’y enferma à double tour.

Le sultan, qui ne voyait pas à mal, en fut tout bouleversé. «Suis-je chagriné parce que je l’aime? Je l’aime parce qu’elle est belle!», pensa-t-il.

Il alla retrouver son amie. Celle-ci n’était reconnue ni pour être belle, ni pour être gentille, mais elle était plus sensée. Ensemble, ils discutaient, ils philosophaient et parabolaient… Le sultan exposa sa situation avec éloquence à Sensée, qui l’écouta avec attention.

- Sensée, dit-il, qu’est-ce que l’amour?

- L’amour, c’est du chocolat que l’on coule à l’intérieur de moules en coeur, et que l’on reçoit ou l’on donne au gré de nos émotions.

- Et vous, pourquoi m’aimez-vous d’amitié?

- Parce que nul chocolat ne se dresse entre nous.

- Et moi, Sensée, pourquoi ne vous aime-je pas d’amour?

- Parce que nul chocolat se dresse entre nous.

- Que ne suis-je pas moins superficiel pour enfin préférer une sensée comme vous, plutôt qu’une belle ou une gentille, et enfin avoir la paix dans mon Royaume?

- Sultan, vous ne pouvez pas aimer une sensée. D’abord, elle ne vous offrirait jamais de chocolat que vous pourriez offrir à d’autres, plus belles qu’elle. Ensuite, elle ne serait pas assez dupe pour accepter ceux qu’une plus gentille vous a offerts.

Vous savez bien, cher Sultan, que vous êtes trop sensé pour choisir une sensée! Cela ruinerait le marché du chocolat, tout en menant votre royaume à la perte!»